Ces femmes qui détestent les autres femmes : l’horreur du sexisme au féminin.

On ne dirait pas comme ça, mais, des fois, je suis naïve. Extrêmement naïve.

Figurez-vous que, pendant très longtemps, j’ai été convaincue que le sexisme ordinaire ne pouvait se rencontrer que chez les hommes.sigh

Et je suis sûre que je ne suis pas la seule dans ce cas, pas vrai ?77770206_o

Après tout, quand on dit « sexisme », dans l’inconscient collectif, quelle femme ne pense pas aussitôt : «  Discrimination faite par un homme envers une femme en raison du sexe de celle-ci » ?

(Pourtant, lorsque l’on se renseigne un minimum, nulle part dans le dictionnaire – et même pas sur wikipédia – , une telle définition genrée n’apparaît).

Et, avouons-le, quand on entend parler de femmes victimes de gynophobie, n’est-ce pas automatiquement des images violentes d’hommes brutaux et misogynes qui traversent notre esprit ?

Le 8 mars, journée internationale des droits de la femme – et non pas «  Journée de la femme » comme on l’entend souvent à tort – , reconnaissons que l’accent est surtout mis sur la sensibilisation des hommes vis-à-vis des inégalités qu’endurent les femmes.

En fait, le jour J de la journée internationale des droits de la femme, la plupart des femmes se disent non -concernées par cette date, estimant que « ce devrait être tous les jours la journée des droits de la femme » et, paradoxalement, l’avis des hommes est particulièrement sollicité.

Dans les médias, les micros se pointent dans leur direction, avides de paroles masculines. C’est à qui témoignera son plus grand soutien à la cause féminine, c’est la course à l’homme qui se dira le plus féministe, c’est à celui qui fera l’éloge le plus grandiloquent à destination des femmes, celui qui soulignera le plus l’importance de la Femme sur terre, celui qui fera son mea culpa annuel par rapport à sa non- participation quotidienne aux tâches ménagères.

Le 8 mars, c’est la journée où l’on diffuse à qui mieux mieux les statistiques des discriminations subies par les femmes. Et, bien sûr, il est sous-entendu – là encore, plus ou moins inconsciemment – que ces discriminations sont forcément causées par les hommes.

Or – attention ! alerte générale ! – : le sexisme bête et méchant n’est pas que l’apanage des hommes. Certaines femmes en sont même les principales fabricatrices.

Avant que ça ne parte en mode kickboxing dans les commentaires, sur les réseaux sociaux et dans les mails, je tiens à préciser une chose.

Comprenons-nous bien : à travers les lignes précédentes et celles qui vont suivre, je ne suis point en train d’affirmer qu’il faut dédouaner les hommes sexistes et nous auto-flageller uniquement, nous les femmes.

Mon point de vue premier est que le sexisme et la gynophobie se combattent de tous les côtés.

Mon deuxième est que le sexisme, pas plus que la gynophobie, ne provient pas uniquement des hommes.

Mon tout est que charité bien ordonnée commence par soi-même et que pour que notre discours féministe et égalitaire soit cohérent et passe en toute intelligence, que la situation des femmes à travers le monde change, les messages éducatifs doivent aussi circuler parmi nos propres congénères femmes.

C’est que du bon sens, non ?77770206_o

En tout cas, c’est dans cette optique que je fais ce listing, non exhaustif, des attitudes et autres paroles malheureuses des femmes sexistes/gynophobes envers d’autres femmes, dans le monde du travail ET dans la sphère plus privée.

Madame Sans Tabous_Femme trahie

 

I) Les femmes sexistes/gynophobes au boulot :

Ironie du sort, alors que le combat féministe résonne, depuis des décennies, sur le front de l’inégalité salariale entre femmes et hommes au travail, c’est pourtant dans le monde professionnel que les femmes sexistes/gynophobes sévissent le plus, sabotant cyniquement le travail des féministes et sciant bêtement la branche sur laquelle elles-mêmes sont assises.

On les reconnaît généralement au fait que :

 

1) Elles jugent leurs collègues qui portent des jupes et des robes sur le lieu de travail.

Car elles estiment qu’il faut gommer toute trace de féminité lorsqu’on travaille auprès d’un public majoritairement masculin.76657431_o

« La plupart des hommes ont déjà une facilité à faire des avances ou à avoir le regard appuyé. Pas la peine de leur faciliter la tâche en mettant en avant sa féminité ! » tentent-elles de convaincre.

Comme s’il fallait absolument adopter un style vestimentaire masculin, ou asexué, ou au moins androgyne pour être crédible/légitime auprès de ses pairs.

Comme si pour être prise au sérieux et démontrer ses compétences, il fallait absolument gommer toute trace de féminité.

Comme si être féminine signifie qu’on cherche forcément à séduire.76657614_o

Comme si les femmes ne pouvaient qu’être responsables et coupables des regards lubriques masculins et autres comportements sordides.76657431_o

 

2) À la machine à café, entre deux réunions ou à la pause déjeuner, elles clament haut et fort que les femmes sont vicieuses/compliquées/acariâtres/jalouses/perpétuellement à la recherche du conflit et que ce sont les raisons pour lesquelles, elles préfèrent sympathiser/ nouer des amitiés uniquement avec des mecs.

À titre personnel, il n’ y a pas un seul lieu où je suis passée et où je n’ai pas eu la tristesse infinie d’entendre une femme tenir ce type de propos, en étant très sûre d’elle et persuadée – en plus ! – de tenir un propos intelligent et véridique.

Le plus malheureux étant que chaque fois que j’entends une collègue cracher ces propos sexistes/gynophobes, celle-ci est aussitôt confortée dans ses dires – voire applaudie – par d’autres femmes, à coups de : « Tout à fait d’accord avec toi ! », « C’est très vrai ce que tu dis là ! ».76657431_o

Madame Sans Tabous_Féministe en colère

Lorsque je prends alors la parole pour affirmer qu’il y a autant de faux-culs chez les femmes que chez les hommes, que la mesquinerie n’est pas l’apanage d’un sexe, ma voix est malheureusement ensevelie sous des pseudos-arguments contradictoires et je passe pour l’illuminée de service.no

Rageant.

Et surtout, décevant !

C’est vrai que TOUS les hommes sont tellement plus gentils, plus francs, plus empathiques, plus, plus, plus quoi ! Partout où ils passent, c’est égalité salariale, parité, 0 drame conjugal et paix dans le monde !78682926_o

Curieusement, d’après mon expérience personnelle, les femmes tenant ces propos sexistes/gynophobes sont généralement celles qui ont EXACTEMENT tous les défauts qu’elles énumèrent pour critiquer les autres femmes. L’effet-miroir dans toute son hypocrisie.

 

3) Elles vont être mille fois plus intransigeantes envers les collègues femmes qu’avec les hommes.

Parce qu’elles estiment que pas mal d’hommes leur ont fait du mal, ont freiné leur ascension, qu’elles ont dû se battre pour arriver à la position où elles sont… et que par conséquent, il faut que toutes les collègues féminines, qui croiseront leurs chemins funestes, souffrent autant – voire plus – qu’elles ont souffert, elles vont se montrer impitoyables envers les autres femmes au boulot. Comme ça, pour rien.

C’est comme certaines personnes, appartenant à des minorités discriminées, qui ressentent de la haine envers d’autres groupes. Exemple : des gays qui seraient racistes envers les Noirs, des Noirs qui seraient homophobes ou des Arabes qui se sentiraient supérieurs aux Noirs parce que, eux, peau moins foncée, peau plus blanche, blablabla.868755069

 

4) Elles estiment qu’avoir un supérieur hiérarchique homme est largement préférable à une supérieure hiérarchique femme, car, estiment-elles, « les chefs femmes sont plus dures ».

Évidemment, il n’y a aucune statistique qui appuie scientifiquement ces paroles-là. Tout est basé sur leur ressenti, lequel est clairement biberonné à l’idéologie patriarcale.

Cette même idéologie patriarcale qui a instillé, dans leur tête de femmes soumises qui s’ignorent, qu’il est plus normal / plus logique / plus crédible / plus naturel, en somme, d’être sous la houlette d’un chef de service plutôt que d’être sous la direction d’une cheffe de service.76412703

 

5) Elles essaient de tisser automatiquement un lien copines-copines avec leurs responsables femmes. Chose qu’elles n’envisageraient jamais de faire avec leurs responsables hommes.

Comme si, inconsciemment, dans leurs têtes, une femme n’est ni crédible ni légitime à un poste à responsabilité.

Madame Sans Tabous_Femme sexy et Femme sexiste

II) Les femmes sexistes/gynophobes dans la sphère privée :

1)Elles perçoivent chaque femme comme une compétition, voire une menace.

Perpétuellement dans un rapport de rivalité malsain, elles jaugent constamment les autres femmes : dans les transports en commun, dans la rue, au resto, au supermarché…partout, partout !

 

2)Elles ne mettent jamais les hommes face à leurs responsabilités. Pour elles, les femmes sont coupables de tous les maux, tandis que les hommes sont des victimes.

Exemple : si t’as été violée, c’est que tu l’as bien cherché. Ben oui : la chair est faible, les hommes ne peuvent y résister !

 

Si ton ex a dévoilé des photos dénudées de toi sur internet, c’est pas lui, le malade : c’est plutôt toi ! T’avais qu’à pas faire des photos coquines !

 

Un pov’mec a touché tes seins dans le métro ? Ben, t’avais qu’à pas mettre de minijupes, d’abord !

 

Des losers te sifflent dans la rue ? Bah, ton pantalon moulait un peu trop ton popotin, non ?

 

Un type trompe son épouse ? Évidemment que c’est l’épouse ET la maîtresse qui ont tous les torts !

Si l’épouse était performante au pieu, qu’elle avait un corps de déesse, qu’elle cuisinait continuellement de bons petits plats et assurait TOUTES les tâches ménagères sans jamais se fatiguer, jamais au grand jamais, le gars n’aurait eu l’idée de la tromper. Bah ouais, c’est « Bobonne » !76657614_o

 

Quant à la maîtresse, c’est une tentatrice. Le pauvre mari ne pouvait que céder ! Tout le monde sait bien que les femmes sont des perverses manipulatrices dotées d’une foufoune enchantée, laquelle empêche magiquement tout homme de réfléchir, d’exercer son libre-arbitre et de prendre la responsabilité de ses actes.76657614_o

Bah ouais, c’est qu’« une briseuse de ménage », « une allumeuse », « une voleuse de mari », «  une salope » et d’ailleurs, elle récoltera ce qu’elle a semé parce que : « qui vole un mec le perdra de la même façon ».76657614_o

( Ne perdez pas votre temps à chercher les équivalents masculins de ces expressions sexistes  : ils n’existent pas…)78682926_o

 

3) Elles se moquent, critiquent violemment et méprisent les femmes qui sortent du cadre de ce que « les femmes doivent aimer et faire »

Par exemple : elles ont des mots virulents envers les femmes qui ne savent pas cuisiner et qui – ô catastrophe – ne font rien pour y remédier.

Elles exècrent les femmes qui ne ressentent aucun instinct maternel et qui n’envisagent donc pas d’avoir des enfants.

Elles mettent une pression d’enfer aux femmes qui ont plus de 30 ans et qui n’ont toujours pas d’enfants.

Elles tiennent des discours moralisateurs ( et terriblement soporifiques) aux femmes célibataires, pour qui le célibat n’est pas une maladie honteuse dont il faut absolument guérir en se casant avec le premier venu.

Elles grondent les femmes en couple qui considèrent que le mariage n’est pas une fin en soi.
    Madame Sans Tabous_Féministe

4) Elles déclarent fièrement qu’elles ne sont pas féministes.

Parce que, prétendent-elles : « Les féministes détestent les hommes ; elles sont agressives ; elles sont même souvent laides. »

En réalité, la vraie raison pour laquelle certaines femmes refusent d’être féministes, c’est parce qu’elles craignent que cela leur coûte des points de love dans les rapports de séduction avec les hommes, tant l’épithète « féministe » effarouche encore certains d’entre eux.

Un homme qui casse les féministes, pour moi, ça en dit long sur sa mentalité au ras des pâquerettes. Vouloir sortir avec, c’est aller au devant d’énormes déconvenues une fois bien installés en couple, (partage des tâches ménagères, éducation des enfants (si désir il y a), gestion du temps libre, gestion de la carrière, etc).

Moi, je dis à ces femmes-là : faites attention ! Musclez votre estime de vous-mêmes ! Croyez en votre valeur !hug

Car, une femme qui se déclare ouvertement non-féministe, c’est définitivement un signe de mal-être, de haine de soi et de manque de confiance en soi. Car comment peut-on être contre un mouvement qui se bat pour l’égalité entre les sexes ?

C’est comme dire qu’on est pour la guerre et non la paix, pour la pauvreté dans le monde et non pour une meilleure répartition des richesses, pour la violence et non la douceur, pour les injustices et les discriminations et non pour l’égalité et la justice.78390159_p

 

On peut être contre certaines féministes, certaines associations féministes… mais, être contre LE féminisme en tant que courant, WAOUH, j’ai du mal à comprendre, quand même !78390159_p

Tout ça pour dire que nous devons être en réflexion permanente vis-à-vis de nos propres interactions avec les autres femmes, car le sexisme/la gynophobie n’est définitivement pas la déviance d’un seul genre.

 

Ce texte vous a été concocté avec passion par Liberty Riveter.

4 Commentaires

  1. Super article… tu as résumé des situations auxquelles j’ai été confrontée des centaines de fois. La force des déterministes sociaux : l’image qu’on donne de la femme est inculquée aux petits garçons et aux petites filles. Pour avoir fait de la RH dans une autre vie, au delà des cas clairement gynophobed que tu décris, je constatais que les femmes cadres à Qui on proposait une très belle mutation répondaient toujours qu elles allaient consulter leur famille et revenir vers nous. Les hommes disaient oui puis revenaient vers nous pour renoncer lorsqu’un déménagement, par exemple, était trop compliqué à gérer. Cela m’avait marquée.
    À nous de détricoter les déterminismes genrés et ça commence par bannir la phrase que je hais le plus « les femmes / les hommes sont ainsi ». Argh ! On a des différences physiques et hormonales oui. Mais enfin, un trait de caractère n’est pas genré !

    • Merci, Victoria pour ton commentaire éclairé 🙂

      « On a des différences physiques et hormonales oui. Mais enfin, un trait de caractère n’est pas genré ! » —Voilà ! Rien de plus à ajouter !

  2. Coucou ma Liberty,
    Encore un article très intéressant, mais je ne suis pas d’accord sur le point I.5.
    À mon avis, si ces femmes ne tissent des liens qu’avec leurs responsables femmes et pas avec les hommes, c’est surtout pour éviter de faire jaser. Une femme trop proche d’un homme au travail, ça peut être mal perçu (avec ou sans lien hiérarchique, d’ailleurs), alors qu’il n’y a pas de risque entre femmes.
    À part ce détail, ton article est très bien, dépêche-toi d’en écrire d’autres !

    • Merci, mon Happy C pour ton gentil commentaire et ton soutien constant 🙂

      J’entends ton point de vue…C’est une explication plausible.

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