2019 : année de merde, clap de merde

Rarement une année qui avait si bien commencé aura été aussi laide.

J’en ai connu des années de merde, mais là, 2019 a remporté la mise.

Durant toutes ces années où je me plaignais de ne pas avoir la réussite – et la reconnaissance – artistique dont je rêvais, il y a une chose qui me faisait retrouver les pieds sur terre. Une chose que je me répétais en boucle : « Au moins, mes parents vont bien, mes sœurs vont bien ; donc, ça va quand même. ».

Et puis, il y a mon métier. J’ai vu et je vois encore trop de choses (belles ou pas belles), trop de situations touchantes. Travailler dans le social apporte du plomb dans la cervelle, pour peu qu’on veuille bien voir plus loin que le bout de son nez, qu’on accepte de prendre du recul, de faire preuve d’humilité de temps en temps.

Donc, par moments, je revenais sur terre et je me disais : « Waaaah ! J’ai quand même de la chance : mes parents n’ont pas de cancer, ils sont en parfaite santé ! ».

Même que je répétais souvent cette phrase à mon compagnon, dont les parents sont également d’une santé de fer. Et je me réjouissais pour nous deux. Je nous croyais bénis des dieux.

En avril, j’ai enfin pu changer d’association, de lieu de travail, de job. Un changement tant attendu et après lequel je courais depuis février 2016 !

Lorsque j’ai signé ma démission, puis commencé mon nouveau job en mai, j’étais au 7e ciel.

« Enfin !, pensais-je naïvement. Enfin, je vais pouvoir souffler, être bien, profiter de la vie ! »

Vendredi 24 mai a certainement été la plus belle journée de cette foutue année 2019.

Je me sentais légère, légère, légèèèèèèère ! Et épanouie. Et heureuse. Et sereine. Et détendue. Et confiante envers l’avenir.

Cela faisait bien longtemps (peut-être 8 ans) que je n’avais pas ressenti une telle joie intérieure et extérieure.

Le lendemain, patatras !

Samedi 25 mai 2019 : mon Papa meurt en 5 minutes chrono.

Depuis, tous les 25 du mois, j’ai une boule d’une tonne dans le ventre et dans la tête.

Tous les samedis, la morosité m’enserre.

On pourrait penser que j’ai hâte que 2019 s’achève. Eh bien, pas du tout.

2019, c’est la dernière année qu’a connue mon Père. C’est la dernière année qui me relie à lui. La dernière année que nous avons passée ensemble. Je veux retenir ce lien le plus longtemps possible.

Assister impuissante à la fin de l’année me détruit.

J’angoisse à la terrible perspective de voir les années défiler et d’avoir des pensées telles que : « Mon Père est mort, il y a 2 ans », « Mon Père est mort, il y a 5 ans », «  Ça fait 10 ans que mon Père est mort ».

Et je suis très en colère.

En colère contre les gens qui ne sont pas présents, alors qu’ils savent ce que je traverse.

En colère contre Dieu qui a permis que ce drame arrive.

En colère contre Dieu qui a fait « ça » à mon Père qui n’avait que 65 ans, qui était un de ses plus ardents serviteurs et qui a, toute sa vie, participé bénévolement, gratuitement à la construction des églises dans notre village, au pays.

En colère contre les misérables êtres qui se sont invités aux obsèques de mon Père, alors que, de son vivant, ils le jalousaient de façon obsessionnelle, estimant qu’il leur faisait de l’ombre de par sa prestance, son charisme, son leadership et sa notoriété.

En colère parce que mon Père est mort et que d’autres, non. C’est donc vrai que les gens bien partent en premier.

Je suis en colère et je suis remplie de rancœur.

Je n’ai pas envie d’être dans le pardon. Tant pis si ça me dévore de l’intérieur. Rien à foutre que ce soit à moi que je fais le plus de mal dans toute cette histoire.

Ce que je sais, c’est que je ne verrai plus jamais mon Papa. Sauf dans ma tête, dans mon sommeil.

Je crois aux forces de l’esprit, aux êtres chers qui vous protègent, aux ancêtres qui vous aiguillent et vous aident quand vous les implorez. Je crois à l’éternité de l’âme et à la porte d’à côté.

Mais, je suis triste, triste, triste. Je suis triste qu’il n’y ait pas eu de signes avant-coureurs pour me prévenir de l’imminence du danger et du drame.

Avant, je croyais que j’avais des « problèmes ». Et, en fait, depuis le 25 mai, je réalise que je n’en avais pas.

Les « problèmes » que j’avais, ils pouvaient se résoudre. Ils avaient une solution. Une solution qui tardaient plus ou moins à venir, mais, au moins, elle existait. Elle était une possibilité.

Maintenant, j’ai un vrai problème. Et il n’y a pas de solution. Je ne peux pas réparer ce qui s’est passé. Je ne peux pas agir. JE NE PEUX RIEN FAIRE.

Avant, j’avais un sentiment d’extrême urgence par rapport à la réussite artistique. Mon Objectif, depuis l’âge de 20 ans, c’était d’être publiée le plus tôt possible. Depuis longtemps, ma plus grande peur a toujours été que mes parents ne connaissent pas ma réussite littéraire, qu’ils décèdent avant que je ne puisse accomplir ce projet grandiose.

Et voilà.

C’est raté.

Ma plus grande peur est arrivée.

J’ai échoué à réaliser mon plus grand Objectif.

À présent, je ne me reconnais plus.

Des choses que je croyais désirer avec ardeur (appartements haussmanniens, propriété d’un loft parisien, pour ne citer que ces exemples-là) me laissent désormais de marbre – pire, m’apparaissent comme d’une futilité sans nom ; des objectifs que je croyais vouloir atteindre absolument (écrire un best-seller, présenter un film au Festival de Cannes) n’ont plus la même saveur aphrodisiaque.

Adieu innocence et insouciance. Adieu rêves fous et délicieuses futilités. Adieu folie des grandeurs et projets enivrants.

Adieu, 2019. Tu as été laide, mais belle aussi dans un sens, parce que tu as beaucoup, beaucoup de chance qu’un grand homme, comme mon Père, soit mort pendant ton règne. D’une certaine façon, c’est un honneur pour toi.

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