Comment reconnaître une vraie parisienne d’une wannabe ?

« La Parisienne » : voilà un mythe qui n’est pas prêt de s’éteindre… Tant il est vrai que dans le monde entier – que dis-je ! Ici-même sur les terres de France, en banlieue francilienne comme à Paris aussi – la Parisienne fascine, intrigue.

…Et accessoirement, génère des pépètes (les étals des librairies ont des orgasmes). Ah, le bon filon qui ne connaît pas la crise… !

On nous Inès de la Fressange,

On nous Caroline Maigret,

On nous Jeanne Damas,

On nous Garance Doré.

Oh, le mal qu’on peut nous faire

Et qui ravagea la moukère (*)

…Car, toutes les femmes citées ci-dessus ne sont que les représentations idéalisées de la Parisienne, telle qu’elle est évoquée dans l’imaginaire collectif : Blanches, branchées, friquées, avec leurs QG dans les quartiers les plus huppés et les plus branchouilles de Paris.

Reconnaissons que ça manque de diversité. (Merci à la talentueuse Nicholle Kobi qui fait un formidable travail pour remédier à cette absence de pluralité ethnique dans la représentation de la Parisienne. Car, oui, n’en déplaise aux esprits étroits, on peut être Noire et Parisienne, Asiatique et Parisienne, Arabe et Parisienne).

copyright : Nicholle Kobi.

Avouons que ça manque cruellement de réalisme. (Quelle habitante de Paname se reconnaît vraiment dans le portrait de la Parisienne tel que décrit dans le livre d’Inès de la Fressange (« La Parisienne ») ? Celui de Caroline de Maigret, Audrey Diwan, de Sophie Mas et d’Anne Berest (« How to be a parisian ») ? Ou celui de Jeanne Damas et Lauren Bastide (« À Paris ») ?Ou encore dans l’article « Things Parisians do » de Garance Doré ? )

#ContesDeFakeBonjour

Ras-le-bol de ce fichu mythe de « La Parisienne », dont nous bombardent les magazines féminins, les médias, les éditeurs, les créateurs de mode, les It Girls et compagnie !

Pour moi, tous ces gens et tous ces médias ne se rendent pas compte que le fait de verser bêtement dans la caricature et le cliché les excluent de la réalité, eux, puisqu’ils ne montrent qu’un certain type de Parisienne : celle-là même qui est teeeeeeeellement éloignée du mode de vie de l’écrasante majorité des Parisiennes ; celle-là même qui est surtout le fruit de l’imagination des étrangers et des touristes ; celle-là même qui a été créée de toutes pièces pour nourrir le fantasme de « La Parisienne » et – appelons un chat un chat – faire du business.

Conséquence implacable : cette Parisienne qu’ils décrivent est une wannabe. En clair : une personne qui veut coller à une image, un style ; une personne déconnectée parce qu’étant dans le paraître et non dans l’être ; une personne qui imite ce qu’elle pense être la tendance ; une personne qui aspire à correspondre entièrement à ce qu’elle croit qu’on attend d’elle ; une personne qui court après un statut.

La wannabe n’est pas la vraie Parisienne.

Alors, question : c’est quoi, la parisienne-attitude ? Quels sont les ingrédients secrets qui permettent de distinguer une Parisienne – une vraie de vraie – d’une pseudo-parisienne qui n’est, en réalité, qu’une caricature, un cliché, c’est-à-dire une vulgaire Wannabe ?

L’heure est venue pour les Madames Tout-le-Monde Parisiennes de se mêler, à leur tour, à cette conversation mondiale.

Je commence.

 

1) La Parisienne – la vraie de vraie, celle qui fréquente la ville au quotidien – sait qu’elle n’est pas sincère sur Instagram, lorsqu’elle vante la Ville-Lumière. Elle sait que c’est de la publicité mensongère. Elle n’est pas dupe : elle sait qu’elle joue.

Alors chaque fois qu’elle poste des photos de Paris (bien choisies et bien stratégiques, of course) en les agrémentant de hashtags niais du style #parisjetaime, #parismonamour, #iloveyouparis et autres déclarations cucul-la-praline, elle sait pertinemment que ces envolées lyriques n’ont pour but que de :

  • Gratter toujours plus de likes sur les réseaux sociaux.
  • Accroître son nombre de followers, en attirant dans son giron, ces innombrables étrangers crédules qui s’extasient naïvement – et à tout bout de champ qui plus est – sur le Paris idéalisé des Instagram.
  • Faire rêver/rendre jalouse les banlieusardes et les provinciales, et ainsi s’offrir un shoot de sentiment de supériorité parce qu’elle vit, elle, dans LA célèbre ville qui fait fantasmer le monde entier. (Déso, pas déso).

Mais, une fois qu’elle a fini son cinéma sur Instagram, la Parisienne (la vraie de vraie) retrouve la réalité : un Paris dégradé et sali. La faute à la colossale masse d’imbéciles spécialisés dans les incivilités, qui adorent encrasser la ville et ruiner la qualité de vie de tous.

Car à Paris, c’est bien connu par les vraies Parisiennes, tout n’est que crachats dans les rues, crachats sur les quais du métro, crachats dans le métro, crottes de chiens, mégots de cigarettes, rigoles d’urines sur l’asphalte, vomis devant les portes d’entrée, puanteur dans les couloirs du métro, poubelles énormes sur trottoirs étroits et dépôts sauvages en veux-tu en voilà dans les rues et sur les boulevards.

Aussi n’est-on pas vraiment dans #parismonamour, mais plutôt dans #parismoncrado.

Bienvenue à Paname !

 

2) Et voilà donc pourquoi la Parisienne – la vraie de vraie – ne porte jamais – au grand jamais – de vêtements longueur ras du sol. Beurrrrrrrrrrrrrrk !

Elle sait trop bien à quoi ressemblerait son habit à la fin de la journée.

Laissons respectueusement le nettoyage des crades rues parisiennes à nos fabuleux agents de la propreté et non pas à nos fringues.

3) La Parisienne a compris que vivre à Paris, c’est vivre dans un monde à deux vitesses où pour (sur)vivre, il faut s’endurcir le cœur.

…tant il n’est pas rare que dans un même quartier (au hasard : Belleville, République, Bastille, Place de Clichy, Saint-Lazare, Strasbourg-Saint-Denis, Réaumur-Sébastopol, La Villette), dans une même rue, voire sur une même place, cohabitent les clochards et les bobos, les hipsters et les migrants, les bourgeois et les mendiants.

Être Parisienne, c’est donc être capable de :

  • Marcher dans la rue sans être déprimée, parce qu’avant d’arriver à votre destination, vous avez croisé mille et une personnes sans-abris, dans un sale état, sur votre chemin.
  • D’être en terrasse avec les ami.e.s et profiter à fond du moment… avec vue sur les Roms, mère et enfant sur un matelas crasseux sur le trottoir d’en face .
  • De s’éclater avec son crew à faire du skate à République avec, à côté, des migrants et SDF qui dorment à même le sol.
  • Se délecter d’un burger dans un resto trop sympa… avec, sous le nez, des personnes qui font la manche.

Être parisienne, c’est aussi savoir qu’il est quasi impossible de déambuler tranquilou dans la rue, perdue dans ses pensées, sans être interrompue, accostée au moins une fois dans la journée, par une personne (n’ayant pas forcément la dégaine d’une personne sans-abri, d’ailleurs) (ça peut être un homme, ça peut être une femme, ça peut être encore pire : un enfant…) venant quémander un euro ou un ticket resto.

(Je suis toujours un peu estomaquée lorsque j’avoue ne pas avoir de monnaie et qu’on me demande alors un ticket resto en désespoir de cause… tant il me paraît plus facile de donner un euro qu’un ticket resto. Un ticket resto, c’est 7 euros, pour moi . Avec mon salaire riquiqui, 7 euros, cela représente déjà une certaine somme pour moi; je ne mange jamais au resto avec, je ne les utilise jamais pour manger à la pause déjeuner. Non. À la place, je les utilise pour faire mes courses. C’est dire à quel point ils me sont utiles dans mon budget).

Être parisienne, c’est donc – en plus de la saleté – être confrontée à la misère humaine au quotidien.

4) Être Parisienne, c’est s’accommoder de la promiscuité ambiante.

Les stars et les veinards friqués ont de spacieux apparts, des lofts, des endroits grands et grandioses. (Tant mieux pour eux. Chacun sa chance dans la vie).

Les autres sont à l’étroit et manquent d’espace.

Dans une majorité d’apparts – le plus souvent loués à prix d’or -, la mauvaise isolation phonique règne en maîtresse. Résultat : on entend ses voisins, exactement comme si l’on vivait avec eux.

On ouvre les fenêtres et résonnent les bruits des klaxons, des sirènes de police et de pompiers, les éclats de voix et les hurlements des fêtard.e.s, la nuit.

À l’extérieur, rebelote la promiscuité.

Du monde partout, tout le temps. C’est être entassés dans les transports, être rangés les uns près des autres au resto, marcher presque en file indienne sur les trottoirs et pester contre ceux qui marchent moins vite ou qui – selon vous – vous barrent la route, être tous agglutinés dans les parcs au moindre rayon du soleil.

 

5) Pour la Parisienne – surtout celle jouant dans la catégorie « ado » ou « vingtenaire » – les centres commerciaux et les grands magasins sont des lieux où montrer son sens du style, son body body et ses dernières acquisitions vestimentaires (en attendant la prochaine razzia shopping).

Le Forum des Halles, le Printemps Haussmann, les Galeries Lafayette, le Bon Marché, le Carrousel du Louvre, le Passage du Havre… autant de lieux où la Parisienne vient faire son défilé de mode. Elle est le top-model, le centre commercial et les grands magasins sont son catwalk.

copyright : Dorothea Renault

 

6) La vraie Parisienne fuit comme la peste le combo « trench + petite robe/petite jupe/jean + ballerines ».

Pourquoi ? Parce que c’est un look trop typé « parisienne » justement !

Trop stéréotypé, en somme.

Ce look-là est contraire au règlement stylistique parisien en vigueur, lequel stipule bien que toute Parisienne digne de ce nom, se doit d’avoir un style effortless.

L’effortless, c’est l’injonction stylistique parisienne par excellence.

L’effortless, c’est avoir un style travaillé, mais sans en avoir l’air, genre : « Je suis super bien sapée, je suis élégante, je suis chic mais attention ! J’ai pas fait exprès, hein ! »

Or, sachez-le, dès qu’un look verse dans le cliché, il n’est plus effortless, voyez-vous. Il devient attendu, prévisible.

Voilà pourquoi les Parisiennes-vraies-de-vraies boudent le combo « trench + petite robe/petite jupe/jean + ballerines ».

Elles laissent ça aux ex-provinciales et – encore mieux – aux touristes qui, en arrivant dans la Capitale, essaient de s’intégrer coûte que coûte en adoptant ce soi-disant look de « La Parisienne ».

Notez que cette volonté d’être effortless et de ne pas sombrer dans la caricature ne dispense pas les Parisiennes de suivre la tendance. Résultat : un look moutonnier, avec dans la rue le sentiment qu’elles sont presque toutes habillées pareil.

copyright : Dorothea Renault

7) Être Parisienne, c’est alterner des moments de blasement et d’émerveillement. C’est vivre des moments où tu retombes follement amoureuse de ta ville !

Difficile de ne pas devenir blasée à force de vivre au quotidien dans Paris. Le bruit, la saleté, la promiscuité, les visages fermés dans le métro : ça use.

Et pourtant, il y a ces moments magiques où Paris vous rappelle pourquoi vous avez succombé à son charme au tout début.

Exactement comme dans un couple : des fois, à force de vivre l’un à côté de l’autre, la routine vous rattrape et il y a cet instant où votre chéri va dire une phrase, faire un geste ou tout simplement sourire, et pan ! Une douce chaleur emplit votre ventre et là, vous vous souvenez précisément de pourquoi vous l’aimez, pourquoi vous ne pouvez pas vous passer de lui.

Paris est magique !

Quel plaisir de découvrir des passages secrets ou de tomber par hasard sur des cours pavées chargés d’histoire.

Quel merveille architecturale que les immeubles haussmanniens !

Quel bonheur de longer un boulevard, de prendre au pif une rue que vous ne connaissez pas et d’atterrir devant des maisons à treille ou aux façades colorées.

Quelle émotion que celle de voir des plaques commémoratives sur les murs des immeubles, de s’arrêter pour les lire et d’imaginer la vie des personnes ayant vécu là, autrefois.

Quelle poésie que de voir figurer, sur les façades de certains immeubles parisiens, gravés pour l’éternité, le nom des architectes ayant conçu lesdits immeubles, ainsi que la date de construction. Dans votre esprit, comme si vous y étiez jadis, se dessinent alors des images d’ouvriers, le visage perlant de sueur, passant les consignes à leurs collègues d’une voix enrouée au milieu de gravats, d’échelles, de nuages de poussière provoquant toux et éternuements. Il vous semble même entendre le trottinements des chevaux…

Quel pincement au cœur l’on éprouve, lorsque les yeux émerveillés des touristes et les flashes de leurs appareils photos nous font brutalement prendre conscience que, eux voient encore la beauté de la Ville-Lumière…tandis que nous, nous n’avons plus souvent le recul pour l’apprécier à sa juste valeur. 

Quelle joie on ressent, alors, lorsqu’on réalise que l’on a la chance immense de vivre dans cette ville que tant de touristes viennent visiter ! Cette ville qui fascine tant de millions de personnes aussi bien à travers le monde entier qu’en France même.

Des étincelles plein les yeux, des feux d’artifice dans le ventre et le cœur ému, on se rappelle, soudain, que l’on vit dans cette ville extraordinaire qui réussit le paradoxe d’être à la fois tellement sale et toujours la plus belle ville du monde.

PS : Toute ressemblance entre cet article et des centaines d’ouvrages assenant leur vision unique de la Parisienne…serait purement fortuite. Bien entendu.

(*) Vous l’avez reconnue, la référence à « Foule Sentimentale » d’Alain Souchon ?

Ce texte vous a été concocté avec passion par Liberty Riveter.

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