Elawan : une militante sur tous les fronts !

Twitter est décidément ZE lieu où je fais les meilleures rencontres, les meilleures découvertes.

La preuve avec Elawan !

Je me souviens l’avoir repérée grâce à un retweet. Le propos était pertinent. Je l’ai retweeté à mon tour, avant d’aller faire un p’tit tour sur sa page.

Quelques scrolling plus tard, j’étais sous le charme de sa répartie, de son ton ( souvent caustique, toujours vif et mordant). Il fallait que je l’interviewe !

J’ai fait ma demande et elle m’a répondu un grand « Oui ! ».

Rencontre avec une afroféministe, militante pour l’acceptation des gros.ses, youtubeuse, blogueuse… qui n’a pas fini de déployer ses ailes sur les internets !

1) Sur ton compte twitter, tu te distingues par un engament très marqué contre le racisme, le sexisme et la grossophobie. À quel moment tu t’es dit : « Je ne vais pas m’indigner en silence, je vais saisir cette plateforme qu’est Twitter  pour m’exprimer sur les sujets qui me touchent ! » ?

Je suis bien incapable de te dire à quel moment j’ai eu ce déclic, mais j’ai d’abord commencé à en parler avec quelques blogueuses sur Twitter, comme Mrs Roots ou Ms Dreydful (qui n’est plus sur Twitter depuis quelques années). Mais c’était surtout des prises de conscience avec elles, je n’étais pas encore très au courant de l’afroféminisme et du concept d’intersectionnalité par exemple. Mais je commençais à travers mon blog perso à aborder les sujets du racisme et du sexisme. Twitter a d’abord était un relais pour partager mon blog, pendant que ce compte était encore très personnel. C’est courant 2013 à peu près que mon Twitter s’est muté en Twitter militant. Pour la grossophobie, j’en parlais déjà sur des forums sans vraiment militer. Ça a suivi tout naturellement sur Twitter.

2) Tu te prends souvent des insultes et de violentes critiques de la part de tes détracteurs. Ce qui me frappe, outre ton sens de la répartie, c’est que tu ne lâches jamais. Est-ce qu’il t’arrive malgré tout d’avoir envie de tout arrêter et de supprimer ton compte twitter ? As-tu parfois des moments de doute, pendant lesquels tu te dis « À quoi bon me battre ? Les choses ne bougeront jamais. » ?

J’ai eu très souvent des doutes au début de mon militantisme. Et les campagnes de harcèlement des afroféministes et féministes “intersectionnelles” (on n’emploie pas ce terme pour désigner les féministes qui utilisent le concept d’intersectionnalité, mais c’est comme ça que les harceleurs les appelaient) n’a pas aidé. Beaucoup ont désactivé leurs comptes plus ou moins longtemps, d’autres de manière définitive. C’est là que j’ai commencé à avoir vraiment peur. Mais je me suis dit que c’était ce qu’ils voulaient (les anti-féministes, les mecs de gauche racistes, les fachos d’extrême-droite, etc) et que même si ils me harcèlent un temps, je reviendrai pour crier plus fort “stop aux injustices!”

Si je ne fais rien, y aura d’autres femmes (et y en a de plus en plus), mais je veux participer et dire à mes petits-enfants “votre grand-mère s’est battue pour nos droits”.

3) Des mecs racistes de gauche ?!  Alors, là, tu m’apprends quelque chose, car, comme de nombreuses personnes, j’ai tendance à prêter à la gauche des valeurs de fraternité, d’égalité, d’ouverture, d’antiracisme et de tolérance.  Je tombe des nues !  Quels types de propos tenaient-ils ? Comment se manifestaient leurs campagnes de harcèlement ?

Ces derniers temps, ceux qui se sont illustrés dans le racisme de gauche, ce sont les membres du Printemps Républicain. Avec l’affaire Mennel, l’affaire Mariam Pougetoux, et les attaques régulières aux féministes « intersectionelles ». Mais il y a quelques années, un groupe d’anticapitalistes a lancé des raids du genre de ceux de JVC sur les Ask (l’ancêtre de « Curious Cat ») (NDLR : Curious Cat est un réseau social) ou sur les comptes Twitter. Ça se manifestait surtout par des insultes et des montages photos. Il y a eu dans mes souvenirs beaucoup de propos racistes et psychophobes, et des attaques personnelles. Alors qu’à la base, ils « critiquaient » le concept d’intersectionnalité. À mes yeux, ça n’a été qu’un prétexte pour attaquer des femmes racisées. 

4) Merci pour tes explications. Que dirais-tu à quelqu’un qui a envie de s’engager publiquement mais qui redoute de ne pas pouvoir encaisser longtemps les attaques sur Twitter ?

Twitter a mis en place un excellent outil: mute les notifications et les conversations. La personne peut régler ce qu’elle veut éviter de voir dans ses notifications (comme les insultes ou les mots trigger)  (ndlr: « mots déclencheurs »). Et si la tension monte, elle peut mute la conversation à laquelle elle participe pour se préserver. Elle peut également passer en compte bloqué le temps qu’un éventuel harcèlement se tasse.

C’est difficile de prendre la parole publiquement, c’est décourageant quand on sait qu’on peut être harcelé.e à n’importe quel moment. Mais c’est possible, et heureusement qu’il y a pas mal de militant.e.s qui signalent et font sauter les comptes problématiques.

5) Pour celles et ceux qui ne savent pas ce que c’est, qui n’en ont jamais entendu parler, pourrais-tu nous expliquer ce qu’est le misogynoir ?

C’est un terme inventé par Moya Bailey qui regroupe les termes “misogyny/misogynie” et “noir”

L’intersectionnalité permet d’étudier les intersections et les liens entre les différentes oppressions. Une femme noire est à l’intersection entre le racisme et le sexisme. Ce qu’elle vit est un combo entre sexisme et racisme. D’où le mot “misogynoir” pour expliquer cela.

6) Y a-t-il une différence entre le body positivisme et la fat acceptance ?

Au début du mouvement body-positive, c’était la mise en avant des corps pas normés, que ce soit des corps gros, des corps de personnes handicapées, des corps de personnes racisées, bref toutes les personnes qui étaient hors critères de beauté, même si les premières personnes à avoir promu le body-positivisme sont des personnes grosses. La fat-acceptance, c’est l’acceptation des gros.ses. La différence est là pour moi.

7) Concernant la fat acceptance (ndlr : acceptation des personnes grosses), as-tu toujours naturellement accepté ton corps de grosse depuis le début ou t’a-t-il fallu faire un travail personnel sur toi pour pouvoir être justement dans cette fat acceptance (et dans ce cas, quel a été LE déclic ?)  ?

J’ai mis du temps à accepter mon corps de grosse. J’ai sombré dans les TCA (ndlr :Troubles du Comportement Alimentaire) suite à des soucis personnels et en quelques années j’ai pris 30 kilos. Ça a été difficile à vivre perso, parce que mon corps a changé. Mais aussi parce que la famille ne m’a pas aidé, au contraire, ça a été grossophobie sur grossophobie pendant longtemps. Le déclic je l’ai d’abord eu sur un forum, sur lequel j’étais allée désespérément pour trouver un moyen de maigrir. Mais j’y ai trouvé des femmes qui vivaient très bien sans régime et avec leur surpoids/obésité. Là j’ai commencé à travailler sur moi. Et puis sur ce même forum, la présidente du comité Miss Curvy cherchait des participantes pour le concours régional. Et sur un gros coup de tête j’ai participé. Et là ce fut le 2e déclic, quand j’ai vu des femmes grosses avec différentes morphologie montrer leur féminité, leur beauté, et surtout qu’elles s’en cognaient de la grossophobie, que ça les empêcherait pas de vivre. À partir de là je me suis définie body-positive, et plus tard fat-positive.

8) J’ai souvent l’impression que le body positivisme et la fat acceptance sont devenus de nouvelles injonctions morales, alors qu’à l’origine, ces 2 mouvements avaient pour objectif de contribuer au bien-être des gens. En gros, j’ai le sentiment qu’à présent, on est dans un impératif moral du style : « Si tu ne t’acceptes pas comme tu es, si tu ne t’aimes pas comme tu es, t’as rien compris à la vie. ». Est-ce que tu as le même ressenti que moi ou pas du tout ?

Pas pour le mouvement de la fat acceptance. En revanche le mouvement body-posi a beaucoup changé, et c’est devenu un truc pour promouvoir la “healthy life” et malheureusement les corps normés sont mis en avant. Alors que comme je l’ai expliqué avant, c’était surtout une manière de voir les corps non normés de manière positive. Et du coup pour moi, la body-positivity c’est devenu une injonction à non seulement prendre soin de son corps, mais aussi à manger sain. Un peu comme les injonctions aux régimes. Ce n’est peut-être pas ça, mais ça y ressemble pour moi. C’est pour ça qu’aujourd’hui je me définis beaucoup plus comme fat-positive.

Ça ne doit pas être des injonctions à s’aimer, mais un appel à plus de bienveillance envers nous même.

9) Est-ce qu’on peut être body positiviste et vouloir maigrir/entreprendre un régime, quand même ?

Si c’est maigrir pour des raisons de santé, je dirais que oui, tout à fait. Ce n’est pas contradictoire. En revanche, si c’est pour céder aux injonctions à la minceur, je dirais que c’est contradictoire, mais je ne jetterais pas la pierre sur cette personne. Au contraire je discuterais avec elle des raisons qui la pousse à maigrir alors qu’elle se définit comme body-posi (au sens premier du terme, pas cette stupide injonction à la vie saine)

10) Quelles sont tes lectures féministes les plus marquantes ?

Les blogs de :

Ms Dreydful ( https://msdreydful.wordpress.com)

Mrs Roots (https://mrsroots.fr)

Badass Afrofem surtout (https://badassafrofem.wordpress.com) ( le blog de la désormais célèbre réalisatrice Amandine Gay).

Et puis « We should all be feminists » de Chimamanda Ngozi Adichie

11) Qui est Elawan ? (parle-nous de toi en quelques lignes, si tu le souhaites. Pourquoi ce pseudo (si c’en est un) ; quels sont tes films, artistes et chansons préférés, etc)

Alors Elawan c’est un pseudo. Mon prénom c’est Nawale et c’est en écrivant mon prénom à l’envers que ce pseudo est né. J’aurai 28 ans le 29 juillet prochain. Je suis technicienne de laboratoire dans un hôpital, mais également une blogueuse depuis 2012 et une vidéaste depuis 2016 (quand j’ai le temps, avec le travail, ça s’est corsé lol)

J’suis une grande fan de Beyoncé, de musiques africaines modernes et d’électro House.

Niveau films, à part « Harry Potter », les films Marvel et les Disney, y en a pas beaucoup qui m’ont marqué. Il y a “A la recherche du bonheur” avec Will Smith, ou encore le premier  « Matrix » et « The Help » (avec Viola Davis et Emma Stone). Oh, et « Black Panther »!

Merci, Elawan, d’avoir accepté cette demande d’interview 🙂

De rien, des bisous et à une prochaine fois! 🙂

Encore plus plus d’Elawan ?

Retrouvez-là sur Twitter : @3lawan

Sur Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCu_OWfURNbOw3CscxaArWSA

Sur son blog: http://www.fikiranaoulagoua.com/

Sur Instagram : https://www.instagram.com/elawan/

Sur Facebook : https://www.facebook.com/elawanblog

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