Je ne veux plus être fâchée avec mes vêtements !

Nous le savons toutes, plus ou moins consciemment : c’est puissant, un vêtement.

Ça a le pouvoir de vous transformer physiquement, mais aussi psychologiquement.

Pour ma part, cette observation se vérifie 9 fois sur 10 !

Quand j’enfile un vêtement par défaut, un vêtement dans lequel je ne me sens pas confortable, un vêtement dans lequel je me sens déguisée ou – pire encore ! – un vêtement qui me sert de cachette, à chaque fois, c’est le même scénario dramatique : ce simple tas de tissus affecte mon humeur, ma façon de me conduire et ma façon de me présenter au monde.

Je suis alors éteinte. Empruntée. Mal à l’aise. Et même triste.

Comme de par hasard, toute la journée, les gens aux alentours me marchent sur les pieds (ou essaient de le faire).

On me bouscule dans le métro, une personne en état d’ébriété avancée va m’insulter gratuitement, mes collègues me contredisent plus qu’à l’accoutumée, d’autres vont me taquiner méchamment.

Ouiiiiiii, je vous entends d’ici : « Elle est pas un peu parano, Liberty ? »

Non, non : je ne suis ni parano ni atteinte de caliméro-tite aigüe.

C’est la stricte vérité : « L’homme est un loup pour l’homme », comme disait Hobbes.

Les gens dominateurs/manipulateurs/malsains se sentiront toujours plus en confiance face à quelqu’un de plus fragile. C’est un fait !

Le pouvoir des fringues :

Dieu merci, il m’arrive de me glisser dans un vêtement qui me correspond et que j’aime d’amour.

Et là, miracle ! La magie opère littéralement sous mes yeux ébahis : je me sens gonflée d’assurance ; mon visage dégage la L.F.A (en gros : La Force Tranquille) ; mon regard est franc et direct ; ma voix est claire et nette ; ma démarche, fière et dynamique, impose le respect ; mon port de tête est altier. À ces moments-là, à côté de moi, WonderWoman, c’est de la gnognotte !

C’est si facile d’entretenir des rapports conflictuels avec sa penderie (même quand celle-ci déboooooooooorde de vêtements).

On contemple le contenu de ses placards en marmonnant: « J’ai rien à me mettre !!!!! ».

On enfile ses vêtements sans envie, presque mécaniquement.

On perd le goût, l’envie et la volonté de s’habiller comme on aimerait.

Petit à petit, l’habit devient un déclencheur de souffrance, un objet de crainte, un marqueur de mésestime de soi. Et dans d’autres cas, un gonfleur artificiel de pseudo bien-être, une deuxième peau qu’on revêt pour se sentir appartenir à la norme ô combien rassurante.

Envolées, l’insouciance et la légèreté !

Et si on repensait nos rapports aux vêtements ?

Si on tentait d’avoir une relation plus apaisée avec nos habits ?

Ci-dessous, le contrat moral que je me suis passée avec moi-même.

L’objectif étant que les vêtements redeviennent ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être : des instruments de plaisir, un terrain d’expérimentation, un espace d’insouciance, un jeu, une plate-forme de libre-expression.

Je partage ce contrat moral avec vous, en espérant qu’il vous soit utile, si comme moi, vous êtes devenue une flippée-de-la-mode-fâchée-avec-ses-habits.

Contrat moral

Entre le cerveau de la concernée, son propre corps, ses placards et sa carte Bleue :

Je soussignée, Liberty Riveter, reconnais avoir pris connaissance des 7 articles de ce contrat moral et en accepte les termes.

 

Article 1 : Je m’engage à ne pas comparer mon habillement du jour (et encore moins mon style) à celui des autres.

Chaque être humain est unique.

Je suis unique.

Et donc, mon style est unique.

C’est donc logique que mon style soit unique, puisque je suis unique.

Ok, ok, écrit comme ça, le passage ci-dessus , a l’air un peu idiot !

Mais, vous savez, c’est le problème même de la logique : plus un propos est plein de bon sens et plus on l’oubliera facilement, parce que, précisément, trop évident, limite bête comme chou.

Vous me comprenez mieux ou pas ?

Au fond, chaque personne sait bien qu’elle est unique et que, donc, forcément, ses goûts à elle vont être uniques.

Pourtant, cette même personne peut aisément se laisser déstabiliser lorsqu’elle a un look qui ne cadre pas pile-poil avec LA TENDANCE du moment.

Tenez : un exemple parlant !

La saison automne-hiver 2015-2016 a été très difficile stylistiquement pour moi.

Moi, qui depuis des années, affichais jusque-là, sans complexes , un look plein de couleurs, à base de robes et de jupes, délicieusement relevé avec des baskets et assaisonné de collants flashy, je me suis retrouvée, cette saison-là, à douter de ma façon de m’habiller, alors même que je m’étais toujours sentie à mon aise dans mon style-uniforme.

En fait, tout a commencé avec l’épidémie des silhouettes « manteaux oversize x jeans slim x Stan Smith ».

Au début, devant cette uniformisation stylistique, je m’esclaffais intérieurement : « Oh, les moutons ! Toutes habillées et chaussées pareil ! Hahaha ! Elles sont complètement folles ! Ben moi, je continuerai à me vêtir comme ça me chante ! On ne m’influence pas, moi, madame ! ».

Les mois ont passé. Cette tendance ne faiblissait pas d’un pouce ! Dans le RER et le métro, dans les rues et dans les magasins, dans les restos et dans les files d’attente, les filles étaient des clones les unes des autres.

La nature humaine est complexe et les voix de la mode sont impénétrables…

À force de voir quelque chose encore, et encore, et encore, et encore, et encore, et encore, et encore, tu finis par t’habituer…puis, par…aimer.

Voilà comment j’ai fini par trouver que, quand même, hein, le combo « manteau oversize x jeans slim x baskets blanches », bah, ça avait de la gueule, quoi !!!!

Oui, j’ai fini par être conquise par cette dégaine, savant mix de casual et d’élégance. Un cocktail gagnant, en somme !

Comme si cela ne suffisait pas, sournoisement, la morsure du doute a commencé sa terrible œuvre…

Je suis partie de : « Je suis peut-être différente, mais pas dans le bon sens du terme… » pour finir par me demander très sérieusement : « Et si c’était moi qui étais à côté de la plaque ? Peut-être que c’est moi, la mal habillée dans l’histoire…sauf que je ne m’en rendais pas compte avant ? »

Dieu merci, étant de nature têtue, je suis restée fidèle à mon style, malgré tout. D’abord, parce que ce combo «  manteaux over size x jeans/pantalons x Stan Smith »  fait la part belle aux couleurs neutres (l’adoratrice de couleurs que je suis ne peut pas y trouver son bonheur), mais, en plus, je trouve que les chaussures de couleurs blanches sont bien trop basiques, aussi mignonnes et iconiques, soient-elles.

 

Article 2 : Je m’engage à ne pas m’habiller pour plaire aux gens ou pour les impressionner.

Car, être dans l’optique de plaire ou d’impressionner me place en position de faiblesse, d’infériorité, de dépendance au regard d’autrui, voire de soumission.

Cela signifie que je recherche l’approbation.

Pas terrible pour l’estime de soi, hein ?

M’habiller pour plaire, ou pour impressionner les gens, ou pour être acceptée, ou pour rentrer dans la norme, me conditionne à prioriser le regard des autres dans mon rapport à moi-même. Cela me fragilise, cela n’est pas sain.

Je dois exister par moi-même.

Je dois me plaire à moi-même avant tout.

 

Article 3 : Je m’engage à ne pas m’habiller dans le but de provoquer une réaction épidermique chez autrui ou de choquer.

Car là aussi, mine de rien, cela voudrait dire que je place en priorité le regard des autres avant le mien.

Cela voudrait dire que je ne suis ni sereine, ni bien dans ma peau. Ce la voudrait dire que je suis dans un esprit de provocation (gratuite, qui plus est…), que je cherche à tester les gens, à susciter leur rejet…ou leur curiosité…Allez, savoir !

Cela voudrait dire que j’attends quelque chose des autres (quoi exactement ?) et que je me sers des vêtements pour attirer l’attention, comme un appel au secours.

 

Article 4 : Je m’engage à acheter des vêtements à ma bonne taille. Et non pas des vêtements trop petits dans lesquels je suis ficelée comme un rôti de veau.

Acheter des vêtements à ma bonne taille est un indicateur d’amour envers moi-même ET une preuve d’acceptation de mon corps tel qu’il est réellement.

A contrario, les vêtements trop petits, dans lesquels on se sent serrée, témoignent d’une méconnaissance/d’un refus/d’un rejet de son corps et, par extension, de soi.

Article 5 : Je m’engage à ne pas transformer les vêtements en masques derrière lesquels je me dissimule.

Alors, NON aux vêtements achetés par défaut et portés sans réelle confiance, sans réel amour, sans réelle envie !

NON aux vêtements achetés volontairement larges dans le but de jouer à cache-cache dedans !

Je ne suis pas un monstre et encore moins une Quasimodo en jupons, pour en venir à ressentir le besoin de me masquer ainsi ! 

C’est une chose de porter un vêtement large parce qu’on aime ce style. C’en est une autre de porter un vêtement large parce qu’on n’aime pas son corps et qu’on veut le dissimuler comme s’il était honteux.

C’est une chose d’avoir des vêtements réservés pour le boulot et dans lesquels on ne se sent pas forcément soi-même (y’a des métiers qui exigent un certain classicisme vestimentaire); c’en est une autre d’arborer un masque vestimentaire à tout moment.

Je le reconnais : j’ai commis cette faute des milliers de fois, sur plusieurs années. Depuis quelques mois seulement, le processus de réconciliation avec ma garde-robe a débuté.

Article 6 : J’ai le droit d’avoir une signature stylistique.

Et si, en toute sincérité, j’aime cette signature stylistique et qu’elle me permet de me sentir belle, irrésistible, invincible, – authentique même, alors, BANCO ! Je fonce !

Peu importe que cette signature soit identique du 1er au 31 du mois ou que certains esprits étroits me reprochent un manque d’éclectisme : C’est MON style.

Un point, c’est tout !

N.B : bien que dans les lignes précédentes, ainsi que les illustrations contenues dans cet article, ma préférence pour les couleurs ait été moult fois mentionnées, il n’en reste pas moins que ce n’est qu’un avis personnel. Mon avis personnel.

Si votre signature stylistique est d’avoir un style bcbg, si votre préférence va aux tenues sobres et que votre goût va aux couleurs discrètes, il n’y a aucun mal à ça.

Chacune sa singularité.

L’essentiel est d’être en symbiose avec soi-même. De ne pas tricher avec soi. De ne pas travestir ses goûts. De ne pas se maltraiter physiquement ou intérieurement.

Article 7 : Je m’engage à résister aux commentaires négatifs, désobligeants, soupçonneux ou moqueurs, visant à questionner ma façon de m’habiller.

Si j’avais eu un centime d’euro à chaque fois que quelqu’un s’est permis des commentaires sur ma façon de m’habiller, je serais déjà l’heureuse propriétaire d’un appartement d’exception dans le superbe quartier du Palais-Royal, au dernier étage, avec une splendide terrasse et une vue exceptionnelle sur la Tour Eiffel.

Pendant ma période «  Je porte des bottes de pluie tous les jours, qu’il pleuve ou qu’il fasse sec ! », j’avais des gens qui me disaient :

     –  Elles sont belles, tes bottes de pluie. Mais * éclats de rires de la personne * , il ne pleut pas !

Ce à quoi je me retenais pour ne pas répliquer : « Et alors ?! Si ça me plaît de porter des bottes de pluie, même s’il ne pleut pas, qu’est-ce que ça peut bien te faire ? ».

…Mais, à l’époque, je manquais de répartie.

Une manque de répartie, fort heureusement comblé par une capacité à résister aux influences extérieures négatives.

Alors, faisant fi de la météo, j’ai continué à arborer fièrement ma belle collection de bottes de pluie multicolores aux motifs tout mignons (des nuages, des petits bonhommes, des fraises, des morceaux de fruits, des caractères asiatiques, des étoiles, des petits pois)…jusqu’au moment où j’ai eu envie de changement.

Ah, un truc que j’aime aussi, c’est les collants à paillettes ! Et comme je ne suis pas du genre à diviser mes tenues en catégories « tenues du matin » et « tenues du soir », je les porte à 8 heures du matin, si le cœur m’en dit. Et là, y aura toujours une personne pour regarder ces fameux collants scintillants d’un air sceptique, et une autre pour s’enhardir à plaisanter : « Hé, on n’est pas en boîte de nuit, ici, hein ! ».

Et je ne vais quand même pas oublier toutes les personnes qui sont fascinées par mon port quasi exclusif des jupes et des robes. Je suis souvent interrogée sur ce choix qui est le mien. Quelle tristesse que des femmes puissent oser poser de telles questions à leurs congénères !

Il y a celles (!!!!!) et ceux qui pensent que ce choix vestimentaire n’a pour seul but que d’aguicher et frimer.

Il y a ceux et celles qui s’inquiètent de ma température corporelle (ne vais-je pas finir en iceberg sur pattes si je ne mets pas de pantalons, même en hiver ?)  (en plus, je suis Française, mais d’origine africaine, hein ; il ne faut jamais l’oublier, hein, ; je suis supposée adorer la chaleur et me couvrir des pieds à la tête en-dessous de 20 degrés, hein et être à l’article de la mort lorsqu’il fait 10 degrés, hein ).

Il y a celles et ceux qui tentent de me convaincre : «Tu serais tellement bien en pantalon ! » et qui prennent tellement leur conviction au sérieux au point d’appeler du renfort : « N’est-ce pas * insérer le prénom d’une tierce personne *  que Liberty serait vraiment plus belle en pantalon ? Elle a la silhouette pour ! »

D’autres encore croient influer sur mes choix vestimentaires en usant l’argument suivant : « Les hommes préfèrent les femmes en pantalon. ».

Euh…C’est supposé m’impressionner, ça ? 

On récapitule !

Pour avoir une relation apaisée avec les vêtements, il est conseillé de respecter les 3 règles d’or ci-dessous, tellement évidentes mais si souvent ignorées et oubliées :

Règle 1 : Un vêtement est fait pour sublimer et non pas pour camoufler, amincir ou enlaidir.

Règle 2 : Dans la vie privée, il faut s’habiller pour soi, en faisant fi du regard des autres qu’il soit positif ou négatif. Refrain : « Libérééééée, délivréééééée, désormais plus rien ne m’arrête, je suis là, comme je l’ai toujours rêvé ! »

Règle 3 : Si le vêtement est un moyen d’expression : alors, utilisons-le à bon escient !

Fait le 26 octobre 2017, à Paris, en deux exemplaires,

Signature : Liberty Riveter

Lu et approuvé.

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2 Commentaires

  1. Ah, quel super article !
    Tu es vraiment douée pour exprimer ce que nous devons certainement toutes penser tout bas.
    Je me reconnais dans tous tes articles du code moral avec les vêtements ! Absolument TOUS.
    Et je faisais un peu le bilan la dernière fois (j’ai eu des looks très excentriques quand je suis arrivée en fac à 16 ans dans le but de « faire grande » mais si c’était un peu toomuch, c’était bien moi… j’ai eu des looks neutres parce que je ne supportais plus toutes les remarques sur cette excentricité, j’ai eu du mal à me retrouver et dans la rue je me dis souvent « mais je n’ai aucun style » à côté de toutes ces nanas qui sont en fait toujours fringuées pareil). Mais clairement, tu me fais réfléchir au delà de ce que je n’y étais arrivée moi-même. Merci !

    • Oh la la, Victoria ! Quels jolis compliments tu viens de me faire, là ! 😀 Merci, merci, merci 🙂

      L’écriture me sert d’exutoire, mais quel pied quand même quand une lectrice te dit que ton article fait écho en elle !:-D

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