La cellulite, notre cher ennemi intime

Voilà, c’est parti ! Nous entrons de plein pied dans le printemps ! Et vous savez ce que cela signifie, n’est-ce-pas ? Les températures vont grimper, les vêtements vont s’alléger , les corps vont se dénuder…et, évidemment, comme d’habitude à cette période de l’année, nous allons être ensevelies sous une ribambelle de pubs pour produits minceur et autres régimes amaigrissants.

…Ce qui m’amène au sujet du jour : la cellulite.

Parlons-en !

C… comme « Cul déformé » 

La cellulite est sans conteste la plus grande malédiction qui puisse s’abattre sur une paire de fesses !

Que vous ayez eu, jadis, le fessier rond, carré, en forme de cœur ou en forme de V, une fois que la cellulite a colonisé votre postérieur, vous vous retrouvez avec des fesses rectangulaires (autrement dit : larges) et sans galbe. Si vous avez vraiment ze big poisse, vous aurez également des bosses disgracieuses sur le côté des cuisses

(quand j’étais enfant, je me souviens de ma tante G. disant, par auto-dérision, qu’elle avait « les pistolets », allusion ironique aux ceintures double holster qui, effectivement, forment des renflements de chaque côté des cuisses).

E… comme « Été »

La cellulite a ce pouvoir de diviser les femmes en 3 catégories :

***Les heureuses veinardes qui n’ont pas de cellulite ( ou alors une cellulite pas visible à 1 mètre) et qui ne redoutent pas l’été. Au contraire, elles attendent l’été avec impatience pour pouvoir dévoiler leurs gambettes lisses dans des minijupes et des petits shorts. Elles vont à la plage sans peurs et sans complexes dans leur itsy bity tini ouini tout petit, petit, bikini.

***Les femmes sûres d’elles qui ont une cellulite visible depuis la lune, mais qui S’EN FOUTENT complètement ! Style : « Oui, j’ai de la cellulite et alors ? ». Elles refusent que leur cellulite les empêche de vivre. Elles sont une minorité.

Et bon Dieu, comme que je les envie ! Comme j’aimerais tant avoir ce je-m’en-foutisme hyper positif et hyper libérateur !

***Et puis l’écrasante majorité : celles qui redoutent, chaque année, l’arrivée des températures estivales.

Pour elles, chaque sortie à la plage et chaque journée estivale sont des moments de mal-être absolu.

L…comme « Liberté de s’habiller comme on veut »

Pourquoi, quand on a de la cellulite, a-t-on cette idée irrationnelle qu’on ne peut plus s’habiller comme on le voudrait ? Qu’il y a désormais des vêtements interdits ? (mini jupe, shorts, robes courtes, pantalons moulants, robes moulantes, jupes droites, etc).

Peut-être parce qu’on se dit qu’exhiber une peau, ravagée par la cellulite, est tout bonnement inesthétique ?…Ce qui n’est pas totalement faux, reconnaissons-le…

J’en ai vu des femmes arborer des micro-shorts sur une cuisse bien riche en capitons.

Est-ce que j’admirais leur capacité à écouter leurs envies vestimentaires ? Oui.

Est-ce que je trouvais que c’était joli sur elles ? Non. Mais – attention ! – je garde toujours une attitude neutre parce que c’est LEUR corps (encore heureux !), pas le mien et qu’il est hors de question que j’attente à la confiance en soi des gens.

Je l’avoue : quand je me décide à porter une robe ou une jupe au-dessus du genou, je passe plusieurs longues minutes à me tortiller devant le miroir de ma salle de bains, me dévissant le cou pour m’assurer que, non, l’arrière de mes cuisses n’est pas couvert de cellulite ( ce qui serait, pour moi, une vision d’horreur absolue).

J’ai toujours – mille fois hélas – ce sentiment diffus de gêne à l’idée de montrer des cuisses inesthétiques, alors même que je suis plutôt décomplexée et même franchement insensible au regard des autres, quand il s’agit de mon style vestimentaire.

Est-ce que c’est si grave si les autres voient notre cellulite ? Apparemment, oui, en ce qui concerne certaines d’entre nous…

Il y a d’abord ce sentiment de montrer un spectacle inesthétique.

Il y a aussi cette honte à afficher notre graisse au nez de tout le monde, cette crainte de laisser voir un corps imparfait.

Sentiment de honte renforcé par les mufles et autres pov’filles qui, à la plage, seront les premier.e.s à vous scruter avec répulsion, si vous ne vous dissimulez pas non-stop sous votre serviette.

L…comme comme « Lisse » et « Lutte sans merci »

C’est ce après quoi courent les porteuses de capitons et c’est la promesse-phare de tous ceux qui vivent de la cellulite (fabricant.e.s de cosmétiques, vendeurs en parapharmacie, pharmacien.ne.s, esthéticiennes) : retrouver un grain de peau uniforme.

Du coup, s’engage une lutte sans merci à base de crèmes minceur onéreuses, de massages remodelants coûteux, de décoctions dépuratives super dégueu en bouche et de cures détox à des prix faramineux.

U… comme « Utopiste »

La cellulite rend utopiste.

Même la nana la plus lucide de l’univers, la plus réaliste du monde entier, la plus pessimiste la plus terre à terre…se met à croire au miracle de « Ma cellulite va peut-être partir un jour !!!!!!! ».

Et pourtant…

Dès le jour où elle vient poser ses gros bagages sur notre corps, c’est trop tard : elle est là et définitivement là.

Elle ne partira plus jamais. C’est fini.

Faut faire le deuil du corps d’avant et dorénavant, essayer de tomber en amour avec le corps présent. Mais, le problème, c’est que c’est trop dur de se faire à cette idée.

Alors, on commence à se bercer d’illusions. Par ici, la carte bleue : on dépense plein de fric pour des crèmes anti-capitons qui ne montrent aucune efficacité ( soyons rationnelles : si, pour qu’une crème marche, il faut y associer une alimentation saine et du sport, alors autant se contenter..de sport et d’une alimentation saine, et garder son argent, non ?), on fait une confiance aveugle à l’esthéticienne, notre dealer d’espoir (qui comme tous les dealers demande de grosses sommes d’argent)

On est prête à tout essayer, à tout croire.

L… comme « Libido en danger »

Du moment qu’on est touchée par la cellulite, on se sent embarrassée, changée, moins jolie, moins séduisante, moins désirable en somme.

Je me rappelle de FG, mon ex, qui adorait mon fessier rebondi et qui, quand je partais me doucher, voulait me voir toute nue (enfin… surtout mon derrière…).

Et moi, intérieurement, j’étais épouvantée ! Je me disais : « Mais, il est fou ou quoi ? Il voit pas que mes fesses sont toutes pourries ?!?!  Y a de la cellulite partout partout !!!!».

Résultat : plus il insistait pour admirer mes fesses, plus j’étais scotchée à ma p’tite serviette. Parfois, j’allais même jusqu’à marcher à reculons pour être sûre que ni mes fesses ni ma cellulite ne seraient dans son angle de vue !

Bien sûr, notre vie sexuelle en était affectée : pendant les rapports, quand je n’étais pas occupée à réfléchir à la position qui ferait le moins ressortir ma cellulite, je m’astreignais à éviter, autant que possible, les positions qui offrait une vue plongeante sur mes fesses. Et, entre deux coups de rein et quelques gémissements, je m’interrogeais : mon corps ne l’écoeurait-il pas ? Même pas un tout petit peu ?

16 ans plus tard, j’ai un peu moins de cellulite et celle-ci n’affecte plus ma vie sexuelle. Plus du tout, j’ vous jure !

Malgré tout, avec mon nouvel amoureux, je suis quand même assez pudique quand il s’agit de mes fesses : plus il les arrose de compliments et s’amuse à les embrasser, plus je me demande s’il n’a pas de sérieux problèmes de vue ? 

Bon, je sais bien que les hommes amoureux ne voient pas les petites imperfections physiques de la femme aimée ( et réciproquement, d’ailleurs), mais quand même : des fesses zébrées de cellulite sont forcément moins belles que des fesses à la peau joliment lisse comme du velours, non ?!

I… comme « Incrédulité »  et « Injustice »

C’est ça qui est fou avec la cellulite : on est toujours surprise par sa présence. Qu’il y ait eu des signes avant- coureurs ( un capiton par ci, un autre par là ; des irrégularités sur la peau des cuisses) ou que cela fasse des années qu’elle soit implantée sur nos cuisses, nos fesses ou notre ventre : on est toujours incrédule, quand on la voit, installée sur nous.

On ne s’habitue jamais vraiment à avoir de la cellulite.

La cellulite est injuste. Elle frappe, sans distinction de kilogrammes et de morphologie.

Pour lui échapper, c’est la loterie de la chance.

Et voilà pourquoi il y aura des femmes rondes avec des jambes sans un seule trace de cellulite…et d’autres femmes minces avec de la cellulite partout, partout.

Il existe même des athlètes professionnelles avec de la cellulite !!!! Si c’est pas de l’injustice, ça !!!!

Preuve donc qu’il ne suffit pas de se reconvertir en sportive assidue et d’adopter une alimentation ascétique pour éviter la cellulite.

Désespérant…

T… comme « Timide »

La cellulite est une fabrique à complexes. Si vous n’avez pas une haute confiance en vous, si vous êtes en conflit avec votre apparence, elle vous transforme en femme timide, voire timorée.

E… comme « Embrasser sa cellulite…ou non »

Embrasser nos imperfections…C’est un peu la pression constante de notre époque actuelle, non ?

Cette schizophrénie entre une société qui nous demande d’être toujours plus parfait.e.s, de mettre en scène une vie idyllique sur les réseaux sociaux ET cette sommation d’embrasser nos imperfections, de nous aimer telles que nous sommes, d’être  bienveillant.e.s envers nous-mêmes (pour reprendre un terme tellement employé, partout, ces derniers mois au point qu’il me donne la nausée, désormais).

Il y a cette ambivalence entre cette mode du « healthy », du « fit » avec des photos léchées, des mantras tous plus positifs les uns que les autres (à base de #happy, #happyme, #happiness), des corps toujours plus toniques et fermes ET cette exhortation à aimer son corps tel qu’il est, à être dans l’acception de soi.

Très contradictoire. Infiniment hypocrite. Et sans doute un effet de mode : les gens se sentent tellement intelligents quand ils sont dans ce sermon de l’acceptation de ses imperfections. Ça fait mature, ça fait sage, ça fait personne-qui-a-tout-compris-et-qui est-dans-la-contestation-des-diktats-de-la-minceur.

Et qu’importe si les mêmes qui tiennent ces discours formatés sur l’acceptation de soi sont les mêmes dont les instagram sont composés essentiellement de photos parfaites exhibant des moments parfaits dans des lieux parfaits, parfaitement mis en valeur par leur feed à la cohérence parfaite.

La vérité, c’est que c’est laid, la cellulite. Ça défigure un corps.

Bravo à celles qui emmerdent leur cellulite et cohabitent pacifiquement avec.

Mais, celles qui sont complexées ont AUSSI le droit ne pas avoir envie de chérir et d’accepter cette cellulite. Pas la peine de leur infliger la double peine : le mal-être de ne pas être comme elles voudraient être et la culpabilité/pression de ne pas être suffisamment ( suffisament quoi, au juste?) solide/forte/bien dans leur tête pour s’accepter comme elles sont.

Z’êtes pas d’accord avec moi ?

Ce texte vous a été concocté avec passion par Liberty Riveter.

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