« La réconciliation » de Lili Barbery-Coulon : les 5 choses que j’ai retenues

« La Réconciliation (de la haine du corps à l’amour de soi) » restera l’une de mes lectures marquantes de l’année 2019.

Pendant des années pourtant, j’ai éprouvé une relation ambivalente envers Lili Barbery-Coulon : fascination malsaine-attrait irrésistible.

Fascination malsaine pour ce qu’elle incarnait : une réussite insolente ; la chance inouïe de travailler dans le milieu tant convoité de la mode et de la beauté ; le bonheur de vivre de sa plume (un rêve qui me fuit) ; l’extase d’avoir publié un livre (un autre projet chéri qui se refuse à moi) ; le privilège d’évoluer dans l’univers raffiné du luxe en séjournant dans les suites somptueuses des hôtels légendaires ; le loisir d’accéder gracieusement aux spas les plus divins ; l’opportunité mille fois renouvelée de dîner de mets délicats dans les restaurants les plus prestigieux.

Attrait irrésistible pour son talent indéniable : son feed Instagram d’un esthétisme ravissant ; sa plume ciselée ; ses articles – et donc, forcément, son blog – au bon goût de reviens-y.

Ces sentiments paradoxaux me conduisaient à des attitudes contradictoires : pendant des semaines, j’étais capable de me comporter en junkie ayant un besoin vital de sa dose quotidienne de Lili. Alors, je compulsais frénétiquement son blog, dévorais fiévreusement ses articles, regardais ses stories Instagram avec des yeux avides, avalais ses posts Instagram et lisais avec intérêt les commentaires en-dessous.

Puis, venait le moment de la « descente ». Gonflée par tant d’œufs de prospérité mis dans le même panier, je me désabonnais de sa page Instagram pour la 300 000 ème fois au moins et reléguais son blog dans les méandres de mon cerveau, bien décidée à ne plus y mettre les pieds, ni l’index, ni les clics ni les likes.

Pourtant, depuis 2018, j’avais noté que je fréquentais davantage les réseaux sociaux de Lili… Cela correspondait à son changement de vie, nettement perceptible même pour une follower versatile comme moi.

Autant je n’avais pas envisagé une seule seconde de me procurer « Pimp my Breakfast » son premier ouvrage (belles recettes, belles tables, mais tout ceci était bien trop… trop joli, trop parfait, …trop bien, en fait, pour moi, pensait en réalité mon estime de moi dénutrie de l’époque, sans que je ne mette ces mots sur mes maux), autant il était clair dans mon esprit que j’acquerrais « La Réconciliation » dès le jour de sa parution.

Dès la première ligne, j’ai été hameçonnée. Je me réveillais le matin, pressée d’aller prendre les transports en commun pour pouvoir bouquiner goulûment.

Je l’ai lu lentement, savourant chaque ligne, chaque chapitre, chaque interview. Relisant certains passages plusieurs fois durant plusieurs jours, car je voulais laisser les mots infuser en moi, se graver dans la roche de mon cerveau, s’imprégner pour toujours comme un tatouage.

En refermant ce merveilleux livre, je me suis sentie grandie, mûrie, fortifiée, hissée intellectuellement et spirituellement.

J’ai surtout retenu 5 choses fondamentales, qui, je l’espère, je le crois, resteront ancrées en moi.

  1. Ça ne sert à rien d’idéaliser la vie des autres

Frustrée de ne pas parvenir à vivre de ma plume, déçue de ne pas avoir un blog qui rayonne sur les internets, insatisfaite de mes réseaux sociaux au nombre riquiqui de followers, force est de constater qu’en Lili, je voyais la somme de mes échecs, ce que je voulais être, ce que je n’arrivais pas à devenir.

Même après avoir lu son brillant article « Comment je me suis disputée avec mon corps » dans lequel,  avec une désarmante sincérité, elle livrait son désamour de son corps et son rapport conflictuel à la nourriture, j’étais demeurée hermétique à son mal-être. Comme aveuglée par mon aigreur. Comme rendue insensible par mon amertume.

Comble de l’absurde, sous ce fameux article, j’avais pourtant laissé un commentaire dans lequel moi aussi, je confiais ma guerre avec mon corps et la nourriture !

Alors, comment diable, pouvais-je faire montre de si peu d’empathie ?

Réponse : parce qu’au fond de moi, tout cela n’était pas réel, tout cela n’était simplement pas possible. Lili Barbery-Coulon ne pouvait pas vraiment être malheureuse, si ?

J’avais passé tellement d’années à idéaliser sa vie, j’avais passé tellement d’années à croire dur comme fer que son existence n’était que glamour, gloire et beauté, que mon cerveau ne pouvait tout simplement pas imprimer la vérité suivante : Lili était un être comme tout le monde et comme n’importe qui, elle pouvait connaître des moments de déprime, des moments de désespoir et, oh que oui, des échecs. En fait, je l’avais tellement enviée, jalousée, idéalisée, juchée sur un piédestal que j’en avais oublié sa condition d’être humain.

Quelle claque lorsque j’ai lu son livre !

Page après page, je mesurais ma bêtise.

Page après page, sa souffrance faisait écho en moi, me ramenant souvent à des périodes sombres de mon histoire personnelle.

Page à page, je me souvenais qu’elle était une vraie personne, ce que j’avais oublié à force d’envier sa vie parfaite sur feed Instagram glacé.

Page après page, je me rappelais qu’il n’existe pas de vie parfaite et que nous pouvons tous avoir des problèmes, peut-être pas à la même échelle, mais des problèmes quand même.

  1. « Misery loves company » (la misère n’aime pas être seule)

Il m’apparaît que c’est surtout en partageant nos humeurs sombres, nos douleurs intimes que nous touchons à l’universel…

Pourquoi ne parvenons-nous, nous autres êtres humains, à nous connecter, nous sentir reliés les uns aux autres que lorsque l’autre est dans la peine ou a souffert durement…?

La réussite éclatante d’autrui, sa joie de vivre, son bonheur apparent semble moins fédérer dans l’empathie…

La force de « La Réconciliation » réside dans son esprit happy end : après avoir connu moult bas, l’auteure finit par se (re)trouver et goûter enfin la douceur de la plénitude. Ce livre véhicule un message d’espoir pour toutes les personnes qui ne sont pas satisfaites de leur vie.

  1. Être curieuse de tout et ne pas avoir peur de s’ouvrir à de nouveaux horizons afin de se donner une chance d’être en bonne santé psychique et physique.

S’il y a bien une constante qui m’a frappée dans le parcours de Lili Barbery-Coulon, c’est bien l’immense curiosité dont elle a fait preuve dans sa quête d’un mieux-être.

Sans jamais sombrer dans les mouvements sectaires, elle avait pratiqué différentes thérapies (psychanalyse, hypnose, EMDR, thérapie comportementale et cognitive, thérapies psycho-corporelles ou énergétiques, méthode Marie Kondo), consulté plusieurs spécialistes (psychanalyste, psychologue, nutritionniste, acupuncteur-homéopathe, coach alimentaire de WW), expérimenté plusieurs régimes amaigrissants (régimes dissociés, diète chronobiologique, programme alimentaire lié au groupe sanguin, cure de 3 jours de soupe lyophilisée, WW) ou alimentaires (sans lait de vache, sans produits laitiers, sans gluten) ; pratiqué plusieurs types de soins et autres passages sous divers instruments de torture dans les instituts de beauté.

J’aime cette ténacité, ce côté « Je fais de mon mieux pour aller mieux, je me donne la chance de guérir ».

Mais par-dessus tout, j’aime que sa curiosité ait été une puissante alliée dans la reconquête de sa santé physique et mentale. Car ne nous leurrons pas : c’est en sortant de nos habitudes, c’est en sortant de nos routines ankylosantes que nous pouvons nous donner une chance de trouver ce qu’il nous faut, ce qui nous fait du bien, ce que nous cherchions depuis longtemps.

C’est en se laissant convaincre de tester un cours de Kundalini yoga que la Révélation a eu lieu et ce faisant, le début de la Réconciliation avec son corps et son estime d’elle-même.

  1. « Je me pardonne, je suis pardonnée, tout est pardonné »

Un mantra doux comme un nounours, que j’ai lu dans le livre et qui m’apaise, me répare, me rassemble chaque fois que je suis trop dure avec moi-même ou que je me surprends à ressentir une pensée sévère envers autrui.

  1. Ne pas hésiter à demander de l’aide ni à faire appel à un.e spécialiste afin de se libérer de son mal-être                                                     

Cette partie rejoint le propos du point n°3 ci-dessus.

À titre personnel, s’il y a bien un truc qui m’énerve au plus haut point, c’est de me plaindre de certains de mes comportements alors que rien n’est irréversible et qu’ il ne tient donc qu’à moi d’agir pour changer le cours des choses !

C’est ainsi que j’ai consulté une psychologue pendant 3 ans (car j’en avais marre de patauger dans la boue du mal-être permanent) et pour tenter de résoudre, par la médecine alternative, mes problèmes de fibromes utérins et de trompe gauche bouchée, j’ai rencontré un naturopathe, une homéopathe, une ostéopathe gynécologique, une gynécologue émotionnelle qui pratique la guidance de l’Utérus et une docteure assermentée qui réalise l’ARC (analyse de ré-information cellulaire).

Pourtant, concernant ma relation tumultueuse avec la nourriture, je n’avais jamais consulté de spécialistes…

Je caressais pourtant l’idée, je me disais que ce serait bien d’être aidée, mais ne franchissais pas le premier pas de la prise de contact réelle. Excepté il y a 2 ans : j’avais contacté une diététicienne qui était aussi prof de yoga. J’en avais parlé à ma psy : elle n’a pas validé l’idée. Selon elle, je possédais déjà de solides connaissances nutritionnelles et donc, je savais déjà quoi manger, je savais en théorie quel était le rôle de tel ou tel aliment, les substituts au sucre blanc, l’intérêt des aliments complets, je mangeais déjà bio et de saison, les produits industriels trop salés, trop sucrés ou trop gras n’avaient plus leur place dans mes placards depuis des années.

La psy avait raison : ma passion à double tranchant pour la nourriture avait fait de moi une véritable bible de la nutrition (d’ailleurs, encore aujourd’hui, quand la naturopathe de mon boulot anime ses ateliers cuisine, il n’y a pas grand-chose qu’elle dise aux usagères que je ne sache déjà) ; et effectivement, comme disait la psy avec une grande lucidité : mes années d’hyperphagie alternant avec des périodes de sévères restrictions alimentaires prouvaient que je souffrais de troubles des comportements alimentaires.

Tout était donc dans la tête. Elle estimait que c’était donc un travail psychologique à entamer.

J’avais donc annulé mon rdv avec la fameuse diététicienne/prof de yoga, sans éprouver le moindre regret. Presque comme si, au fond, je n’étais pas prête à rencontrer une diététicienne et que ça m’arrangeait bien que ma psy soit contre l’idée (après tout, elle avait été aussi contre ma volonté de consulter une gynécologue émotionnelle et la médecin spécialiste en ARC, craignant que ma vulnérabilité me conduise tout droit dans la gueule de dangereux gourous. Je ne l’avais pas écoutée).

Pourtant, de temps en temps, la pensée de consulter une diététicienne revenait au galop, traversait fugacement ma tête. Je vivais fréquemment des phases où je consacrais un week-end entier à compulser attentivement l’annuaire des diététiciens et nutritionnistes répertoriés sur Doctolib, sans franchir le pas.

« La Réconciliation » m’a permis de passer à l’action.

Je ne voulais plus attendre ! Moi aussi, je voulais ardemment faire la paix avec la nourriture !

J’étais à peine arrivée à la moitié du livre que déjà je contactais, le même soir, à quelques minutes d’intervalle, Ariane Grumbach (diététicienne parisienne connue dont je fréquente assidûment le blog ainsi que les comptes Instagram et Twitter) et Olivia Vindry (coach en développement personnel, psychopraticienne, praticienne PNL, sophrologue et animatrice des ateliers WW à Paris, mentionnée dans « La Réconciliation »).

J’ai rencontré la première et entamé un suivi qui s’étendra sur 5 séances au total.

Quant à la seconde, même si elle m’a fait une excellente première impression au téléphone, il s’est avéré qu’elle avait raison sur un point : les contraintes horaires et la distance géographique allaient constituer un obstacle et saper ma motivation à long-terme.

En effet, les rdv de consultation les plus tardifs d’Olivia débutent à 17h. Or, au mieux – c’est-à-dire quand tout se passe bien -, j’achève ma journée de travail à 17h30. Premier hic, donc.

Deuxième caillou :

« Vous habitez Paris ? » s’enquiert-elle.

Je réponds par la négative, surprise par cette question dont je ne comprends pas le fondement. Jusqu’à ce qu’elle m’explique : le samedi, l’agenda d’Olivia est tellement plein, que le seul créneau qu’elle pourrait dégager est celui de 9h30. Or, souligne-t-elle avec justesse : j’habite en banlieue parisienne et je travaille à Paris ; j’effectue 1h10 de trajet aller et 1h10 retour pour aller travailler 5 jours sur 7 ; alors, forcément, je me lève assez tôt et je rentre ensuite chez moi, épuisée tant physiquement que mentalement.

D’où sa mise en garde : si le week-end est le seul moment où je peux faire la grasse matinée, m’épargner les longs trajets et la cohue des transports franciliens, ne serait-ce pas un pari perdu d’avance que de vouloir me lancer dans un rdv tous les samedis à 9h30 ? N’allais-je pas finir par voir arriver ce rdv du samedi matin avec dépit, me lever tôt en grognant et finir par y aller sans enthousiasme ni désir ?

Ces questions se posaient d’autant plus que ce jour-là, lorsqu’elle me téléphona, il était un peu plus de 9 heures 30 et j’étais… encore au lit, endormie.

« Un travail sur soi doit être simple comme une histoire d’amour. Tout doit être fluide dès le départ. Si c’est compliqué dès le début, les chances que ça marche sont réduites. D’autant plus, si le travail sur soi est une démarche que l’on a déjà effectuée par le passé et que cela s’est, à plusieurs reprises, soldé par un échec. »

Clairvoyante et certainement guidée par son expérience, elle me demanda de réfléchir et de revenir vers elle si je me sentais prête. « Si un créneau se libère pour un samedi à des heures plus sympas comme 11h, par exemple, ou 13h, je vous appelle ! » promit-elle avant de conclure d’un 

« Et maintenant, fermez vos petits yeux. »  pour m’encourager à me rendormir.

Je passai plusieurs jours d’atermoiement sur le registre un pas en avant, deux pas en arrière : « Il faut que je me lance ! Ça ne peut me faire que du bien de consulter une coach en développement personnel ! Je vais enfin pouvoir changer de vie ! », « Non, j’y arriverai jamais ! Me lever de bonne heure un samedi matin comme si j’allais au boulot ! Prendre le RER et traverser tout Paris un samedi matin, comme je le fais du lundi au vendredi ! Trop compliqué ! Elle a raison : à long-terme, je vais considérer ces rdv comme une corvée ! Je n’y prendrai aucun plaisir, j’arrêterai tout à mi-chemin et ce sera un énième échec. Pas sûr que ce soit bon pour mon estime de moi, ça… ».

Au final, je la recontactai pour prendre rdv… pour tout annuler 72 heures avant le jour J.

Du reste, consulter deux spécialistes du même domaine simultanément pour un même problème, ne me semblait pas pertinent. Quelle utilité de faire du doublon ?

Avec Ariane Grumbach, les rdv se dérouleront toujours après 18h : j’irai après le travail comme je l’ai fait la première fois. Ce sera mon moment à moi.

C’est d’ailleurs ce que je retiens principalement de La Réconciliation : la tête et le corps sont liés, je dois prendre soin de moi, prendre soin de mon corps afin de vivre ma vie en m’aimant pleinement. C’est cet amour de soi qui contribue à ce qu’on se sente pleinement heureuse.

Ce texte vous a été concocté avec passion par Liberty Riveter.

2 Commentaires

  1. Je ressens la même chose par moments concernant Lily Barbery… pourtant je la trouve très touchante et admirable, en même temps. Votre billet formalise très bien les ambiguïtés qu’on peut ressentir en tant que lectrice, à mi-chemin entre identification et distance.
    Je pense également qu’il y a un énorme impensé sur Instagram : les inégalités sociales. Autant les inégalités de genre sont sans cesse rappelées, autant on fait comme si les inégalités sociales n’existaient pas… bonne journée et merci pour ce billet !

    • Merci pour votre commentaire, Lectrice 🙂

      Je pense que ce sont précisément les inégalités sociales qui ont contribué (propulsé ?) Instagram vers le succès (c’est un fait : plus les gens rêvent devant votre Instagram, plus votre nombre d’abonnés augmente; or, évidemment, ce ne sont généralement pas les personnes avec un niveau de vie modeste qui ont les moyens de faire rêver)

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