La vulve suppliciée et le pénis sanguinaire

L’autre jour, j’étais occupée à commenter l’actualité télévisuelle dans la section commentaires d’un site internet.

L’occasion de constater, une énième fois, que pour certains d’hommes à la cervelle bien riquiqui, les femmes se découpent en 2 catégories bien distinctes : les baisables et les non-baisables.

Et comme d’habitude il y a toujours 5-6 crétins, partisans de la critique sur le physique des femmes, alors même que le thème de la discussion ne s’y prête pas !

Morceaux choisis :

« Ophélie Meunier ? Ouais, elle a de la chance d’être super belle, parce que sans ça, elle ne serait pas dans la position où elle est actuellement, hein ! »

« Bien content de retrouver la jolie Émilie Tran Nguyen, tous les midis sur France 3 !« 

« Tiens, hier, en zappant, je suis tombé sur la mère Chabot. J’avais loupé qu’elle avait encore un poste à la télévision. En voilà une qui a réussi à faire une longue carrière à la télévision avec un physique de radio ! »

« Des nouvelles d’Audrey Pulvar ? Elle revient à la télé ou quoi ? J’ai l’impression qu’on ne peut pas allumer sa radio sans tomber sur elle, alors que Madame avait annoncé quitter le journalisme. Elle est incapable de se passer de la lumière des projecteurs, celle-là ! Qu’est-ce qu’elle est ridicule à se prendre pour une intello avec ses lunettes en écailles de tortue ! Maintenant, elle s’est fait des tresses. Tout est bon pour faire parler d’elle ! »

« Natacha Polony est trop sexe avec les cheveux courts. Avoir choisi de les porter de cette façon est la meilleure décision de sa vie. »

Et gnagnagni, et gnagnagna.

Évidemment – et ça, vous le savez déjà -, lorsqu’on évoque tel ou tel animateur masculin, tel ou tel journaliste homme, le sujet du physique n’est même pas effleuré ! Non pas que j’aie l’envie irrésistible que la plastique de ces messieurs soit disséquée, leurs abdos exposés et leur taille de pénis dévoilée. Mais avouez quand même que, dans l’exercice à part égale d’un métier d’image, c’est lassant de voir que seules les femmes sont constamment renvoyées à leur physique et si peu considérées/reconnues d’abord pour leurs compétences.

Passablement énervée, voilà donc que je me fends d’un : « Et si vous montriez un peu vos gueules, au lieu de critiquer bêtement les femmes, tapis derrière vos écrans ? Qu’on rigole, un peu ! »

Et sur ce, je clique sur la petite croix rouge et m’en vais flâner sur Instagram.

Environ une demie-heure plus tard, je reviens sur la fameuse section de commentaires. Je ne suis pas naïve : je m’attends à un torrent de réponses mi-agressives, mi-justificatrices.

Bien sûr, ça n’a pas manqué.

Extraits :

« On peut plus rien dire en ces temps où triomphe le politiquement correct ! Heureusement que Desproges n’était pas de notre époque, sinon, il n’aurait pas pu avoir la glorieuse carrière qu’il a eu ! « 

« Elles font un métier d’image, donc ça fait partie du jeu de parler de leur physique ! « 

« Y’en a marre de votre féminisme à deux balles ! »

« J’ai rien à me reprocher : faire des compliments à une jolie femme n’est pas un acte répréhensible. « 

La grosse surprise est plutôt venue, côté messagerie.

Quand j’ai venu un grand « 1 » clignoter dans l’enveloppe virtuelle, j’ai aussitôt pensé : «  Okkkkk. Vive les insultes par MP, quand on n’est pas d’accord avec quelqu’un. »

En ouvrant la messagerie – le cœur un peu battant, je l’avoue, car je DÉTESTE les confrontations -, je tombe sur ceci :

«  Aucune meuf ne m’a jamais dit que je suis moche. J’ai du succès, je suis un beau gosse, je peux t’envoyer ma photo si tu le désires. »

Oh, le gros balourd !

Le genre de mec macho qui se croit très viril, très mâle, très  » Je suis un vrai mec, moi ! »

Normalement, je devrais ignorer son message. Ne pas perdre mon temps avec un débile profond. Continuer à vaquer à mes occupations. Profiter de ma soirée autour d’une bonne infusion et de 2-3 muffins fait-maison (banane-raisins secs, mes préférés).

Je devrais ignorer son message.

Hélas, ce soir-là, très certainement que je devais être très fatiguée OU alors, d’une humeur massacrante ET je n’avais pas spécialement envie de manger des muffins.

Alors, je me suis empressée de répondre.

«  Les vraies belles personnes ne disent pas qu’elles sont belles. Elles sont humbles. En revanche, les gens sûrs de leur beauté physique sont, en réalité, très laides. Vous souhaitant une agréable soirée, malgré tout. Très cordialement, Liberty ».

Quelques minutes plus tard…

Nouveau message : « Si tu me voyais en vrai, tu craquerais. »

Moi : « Non merci, sans façon. »

Nouveau message : « Tu meurs d’envie d’avoir ma photo, avoue-le. Fais pas ta timide, maintenant. »

Plaît-il ?

C’est à cet instant-là que j’ai décidé d’ignorer to-ta-lement cet énergumène.

Nouveau message : « Je te plais, mais tu crains de passer pour une fille facile, alors, tu fais la difficile. »

Putain, c’est pas possible d’être aussi imbu de soi-même !

Faut dire, qu’au bout de tant années à arpenter les internets et les forums de discussions, ce n’est pas la première fois que je me retrouve entraînée dans un ping-pong verbal avec un type présomptueux. C’est toujours la même histoire : un désaccord mutuel sur un sujet plus ou moins anodin (politique, féministe, musical, cinématographique, écologique) ; le mec en fait une affaire personnelle ; et ensuite, veut absolument me faire avouer que je l’aime passionnément en secret, mais que je suis bien trop timide pour avouer mes sentiments enflammés.

Furieusement, je tape mon message avec une telle force qu’on dirait que je vais fracasser mes doigts sur le clavier…et endommager mon ordi’ par la même occasion.

Moi : « N’essaie pas de me la faire à l’envers, OK ? Tu. Ne. M’intéresses. Pas. Point final. Fin de la discussion. »

Sa réponse ne tarda pas : «  Hum, j’aime entrer à l’endroit et à l’envers. »

Okkkkkkkkkkkkkkk……

Des allusions à la pénétration vaginale et à la sodomie, à présent…

Je vais faire semblant d’avoir rien pigé. Ça lui fera les pieds !

Moi : « Waouh ! Tu viens de remonter dans mon estime ! Je dois t’avouer que je te trouvais plutôt antipathique, mais c’est du passé, maintenant. Je trouve ça vraiment admirable qu’un homme n’ait pas de réticence à admettre qu’il aime se faire prendre par derrière. Il est vrai que le pegging est de plus en plus tendance aussi. En tout cas, sache – et je suis sincère – qu’à présent, je te respecte vraiment. »

…Et j’avais truffé mon post de smileys souriants.

J’avoue : j’étais plutôt contente de ma répartie ! Surtout que j’étais persuadée de lui avoir cloué le bec.

Erreur !

Lui : «  Lol. Tu ne m’as pas compris. Je te parlais de mes préférences. Je te tendais ma perche.« 

Non content d’avoir étalé ses goûts sexuels, voilà maintenant qu’il évoquait son bout de saucisse.

Je me suis dit : « Je ne vais pas poursuivre ce genre de conversations tordues avec un pov’ mec qui se prend pour LE coup du siècle ! Allez, adios ! « 

…Et ni une ni deux, je me suis déconnectée du site en pensant : «  Excite-toi tout seul, maintenant, triste mec ! « 

Une  » perche » !

Carrément ?!

Ça fait combien de centimètres, une perche ?

C’est supposé m’exciter, ça ?

Toujours cette obsession des mecs au sujet de la taille de leur bite. Toujours cette croyance masculine stupide et fallacieuse que les femmes ont les tétons tout durs et qu’elles mouillent leur string à moooooooort, lorsqu’on leur parle de bites surdimensionnées !

Je ne vais pas m’étendre sur ce sujet de la taille des pénis, m’étant déjà largement exprimée dessus dans l’article « Les hommes, leurs pénis et cette fichue obsession du centimètre » ici : https://madamesanstabous.com/les-hommes-leurs-penis-et-cette-fichue-obsession-du-centimetre/

Ce qui m’intéresse dans ce cas précis, c’est plutôt le choix sémantique.

Une perche.

C’est-à-dire un objet – qui, en plus d’être immensément grand – est capable de transpercer.

Je sais pas pour vous, mais moi, quand j’entends quelqu’un comparer sa bite à une « perche », je pense aussitôt à ma vulve transpercée de toute part. Avec plein de sang au milieu.

Et ziiiiiiiiiiiiiiiiiiiip ! Mon vagin se ferme en un éclair et devient aussi aride que le désert du Kalahari.

Toujours dans le choix des termes tue-l’amour employés par les mecs pour désigner leurs bites, je me souviens d’un mec qui avait parlé de… « Gourdin ».

…Une arme contondante, donc. Un objet dont la fonction première est de frapper. Un objet qui évoque des coups et blessures, des bosses, de la douleur. Chouette alors ! Trop excitant !

Un autre avait utilisé le terme de « Lance-missile ».

Et moi, j’avais immédiatement eu la vision du sang giclant sur les murs, avec de gros bouts de chair vaginale déchiquetés dessus.

Mon vagin frétillait d’impatience, si vous saviez !

Toujours dans le registre sanglant, deux autres mecs avaient comparé leur bite, l’un à « une épée », l’autre à « un couteau ».

Oh, de mignonettes armes tranchantes ! Ma cyprine déborde ma culotte ! Vous voulez voir ?

Un cinquième larron avait affublé sa bite du doux surnom de « Serpent ».

Les morsures, le venin, le poison, ça attise le désir sexuel, non ?

Et toujours la mort en arrière-plan.

C’est justement là où je voulais en venir.

Car, si l’on fait le récapitulatif des termes choisis par les mecs pour qualifier leur pénis (« gourdin », « lance-missiles », « perche », « épée, « couteau », « serpent »), l’on s’aperçoit que, dans l’ensemble, ça empeste la violence, la domination, la soumission, le rapport de force. Il en ressort même une tonalité carrément morbide.

Ces hommes envisagent-ils le rapport sexuel avec les femmes comme un règlement de comptes ?

Pourquoi utilisent-ils des mots aussi belliqueux, comme si faire l’amour avec une femme, c’était partir en guerre, aller au combat ?

Ont-ils une guerre à mener contre les femmes et, donc, ils la font sur le corps de celles-ci ?

Est-ce qu’ils ont un problème à régler avec eux-mêmes concernant leur virilité et ils veulent se réparer et se prouver leur masculinité à travers un langage outrancier ?

Perçoivent-ils les femmes – et leurs corps – comme des ennemis qu’il faut écraser, brutaliser, dompter et vaincre ?

Il se peut aussi qu’ils pêchent tout simplement par ignorance…Étant eux-mêmes obnubilés par la taille de leur sexe et bêtement convaincus que gros pénis = passeport pour l’orgasme féminin, ils abusent de descriptifs idiots pour nommer leur bite, parce qu’ils croient que les femmes y attachent la même importance démesurée qu’eux et qu’en plus, elles en seront toutes impressionnées, toutes émoustillées…et instantanément lubrifiées.

Dans ce cas, ces nominations bizarres prêtées à leur pénis ne sont qu’une sorte de… parade nuptiale. Une parade nuptiale maladroite et inutile.

Se pourraient-ils qu’ils confondent « sexe bestial » (qui est un pur délice lorsqu’il est pratiqué avec l’adhésion des deux partenaires ) et « sadisme » ?

Tiens, j’y pense : dans les films pornos, rarement les actrices sont caressées, touchées avec délicatesse. Au contraire, les mecs leur tirent les cheveux, leur flanquent des baffes, leur aboient dessus et privilégient les pénétrations par à-coup (bite dedans, bite dehors, bite dedans, bite dehors) au détriment d’un agréable va-et-vient (car, oui, les commentaires féminins, que ce soit sous ces vidéos-là ou dans des forums de discussions, sont unanimes : le coup de la bite qui entre dans le vagin ou l’anus, qui ressort la seconde suivante, qui re-entre, qui re-ressort, qui re-re-entre, qui re-re-ressort et ainsi de suite jusqu’à ce le mec passe à autre chose, c’est désagréable, c’est énervant et cela peut même s’avérer douloureux).

Les mecs de la vie normale reproduiraient-ils verbalement l’ambiance violente et misogyne qui règne dans le milieu du porno ?

Est-ce qu’en usant d’un vocabulaire agressif, ils pensent réellement faire mouiller les femmes ? Ou est-ce uniquement des mots lancés pour se griser eux-mêmes et s’exciter tout seuls ? Ou est-ce qu’ils visent les deux ?

Est-ce un jeu pour eux ?

Est-ce qu’ils jouent un rôle, est-ce qu’ils sont dans une posture qui se croit virile ? Est-ce qu’ils pensent que ce langage de grosse brute, c’est ça, « être un vrai mec » ?

Est-ce qu’ils ont une trouille bleue de la gent féminine ? Dans ce cas, la violence des termes employés pour nommer leurs pénis sont à la mesure de la peur que les femmes leur inspirent…Après tout, ne dit-on pas que la meilleure défense, c’est l’attaque ?

Tellement de questions…J’adorerais interroger un panel d’hommes pour entendre leurs réponses !

Une chose est flagrante : face aux femmes, beaucoup d’hommes sont complètement perdus quand il est question de sexe.

Ce texte vous a été concocté avec passion par Liberty Riveter.

4 Commentaires

  1. Un peu (beaucoup) cliché ton histoire, non? Des bourrins il y en a (beaucoup) des qui me font honte d’être un homme, si, si… c’est arrivé un paquet de fois. Mais si ça peut te rassurer, sur ce point, chez les femmes, c’est pas mal non-plus…

    • Joe, le but de l’article n’est pas de faire ressentir de la honte aux hommes et encore moins d’affirmer que touuuuuus les hommes sont des bourrins.
      Evidemment qu’il y aura toujours ceux qui n’entreront pas dans les cases ; évidemment que lorsqu’on écrit un article un (beaucoup) coup de gueule, c’est davantage pour parler de ce qui ne va pas.
      Question sincère : pourquoi lorsqu’on parle de types qui merdent, y a toujours un autre mec qui va se précipiter pour critiquer des femmes. Genre : c’est quoi, le rapport ? Oui, il existe des femmes qui sont très très vilaines. OK, je l’ai dit. Ça fait un partout, la balle au centre, c’est ça ?

  2. Bonjour je viens de tomber sur cet article et ce site par pur hasard et… Merci. J’ai juste bien rigoler. J’adore la façon dont tu exposes des réalités avec tant d’humour.

    • C’est un très beau compliment que tu viens de me faire là, Eden 🙂
      Je m’éclate à écrire ces articles et ça fait immensément plaisir quand ils résonnent chez d’autres personnes 😀

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