« L’homme qui voulait être heureux » : si vous ne vous épanouissez plus dans votre job, lisez ce livre !

Je ne sais pas pour vous, mais, pour moi, en tous cas, l’achat d’un livre de développement personnel n’est jamais un geste anodin.

Chez moi, cet acte d’achat est toujours révélateur d’un mal-être présent, le plus souvent étouffant, mais toujours en rapport avec le thème abordé par le livre en question.

C’est un jour de janvier que, errant au rayon livres de mon Auchan, je me suis mise à lire les quatrième de couverture de deux livres de Laurent Gounelle, disposés sur le comptoir, parmi lesquels « L’homme qui voulait être heureux ».

Laurent Gounelle, j’en avais déjà entendu parler, mais sans jamais m’intéresser vraiment à l’homme, l’écrivain et encore moins à sa gigantesque bibliographie. Franchement, ça ne m’intéressait pas vraiment, ayant toujours préféré les livres de développement personnel en forme d’essais et non de romans.

DSC00204

Mais, ce jour-là, précisément, je me sentais tellement fragile et perdue… Ça faisait des semaines que j’étais au fond du trou : je venais d’avoir 35 ans, je me sentais vieille, j’avais passé mon jour d’anniversaire à pleurer comme si j’étais en deuil (en même temps, pour moi, avoir 35 ans, ça rime avec deuil de la jeunesse. Donc…), à renifler par-dessus mon gâteau d’anniversaire (au grand dam de Happy C qui ne savait plus quoi faire pour me consoler). J’avais le sentiment d’être en train de rater ma vie.

Flashback dans cet article : https://madamesanstabous.com/35-ans-la-fin-de-la-vraie-jeunesse-cest-maintenant/

Bref, tous les ingrédients étaient réunis pour que je sois à la recherche d’un bon livre pour me requinquer et quand j’ai vu le titre : « L’homme qui voulait être heureux », dans ma tête, ça a fait TILT !

Puis, j’ai lu la quatrième de couverture et cette phrase-là m’a particulièrement secouée :

 Son diagnostic est formel : vous êtes bonne santé, mais vous n’êtes pas…heureux.

 

J’ai immédiatement pensé : « C’est moi, c’est moi, c’est moi ! ».

Depuis des années, je SUIS cette fille qui veut être heureuse.

Mais, vraiment heureuse.

Heureuse en permanence.

Heureuse, à au moins 95 % du temps.

Mais, au contraire, j’ai l’impression de n’avoir que des bribes de moments d’insouciance, des fragments de moments éphémères de satisfaction, des minuscules moments de bonheur qui passent toujours trop vite et que je n’ai pas l’occasion de savourer tant je suis plombée par la montagne d’insatisfactions qui meuble mon quotidien.

J’ai cette impression d’avoir, en permanence, au-dessus de la tête, un gros nuage gris.

Un gros nuage gris qui ne s’en va jamais et qui me suit où que j’aille.

Comment faire pour être heureuse ? Réellement ?

Comment faire pour savourer les bons moments de mon existence sans être obnubilée par tout ce qui ne va pas ?

Madame Sans Tabous _ Déprime

 

J’ai pourtant tout pour être heureuse : un homme adorable qui m’aime de tout son cœur et que j’aime éperdument ; une famille certes dirigiste, mais qui ne me laissera jamais tomber ; un travail gratifiant ( c’est une chance d’exercer un métier qui a du sens) ; je suis en CDI ( par les temps qui courent et pour avoir expérimenté moult fois le chômage et les CDD, c’est quand même un souci de moins de savoir que, chaque mois, on a un salaire qui tombe), je ne suis pas fan-fan de mon quartier, mais j’aime bien mon appartement ; je suis à 5 minutes à pieds des transports en commun, 4 minutes du bureau de poste et 8 minutes du supermarché.

C’est plutôt bon, non ?

Il n’y a pas de raison pour que le sourire et la bonne humeur, que j’affiche au boulot, ne soient pas l’exact reflet de qui se passe au fond de moi, non ?

Et pourtant…

Qu’est ce qui ne va pas dans votre vie ? Vous avez une très bonne santé. Alors, qu’est-ce que c’est ? Le travail ? Les amours ? Votre vie de famille ?

Ne pas exercer le métier de ses rêves nuit gravement à la santé psychologique

Mon grand rêve a toujours été d’être écrivain, de tenir une rubrique dans un magazine féminin et d’écrire tout plein de fabuleuses chroniques.

Ma grande erreur N°1 : ne pas avoir eu le cran/l’énergie/la motivation de tenter le concours de l’école de journalisme, après la fac (alors que, depuis 8 ans, je disais vouloir exercer ce métier et qu’en plus, j’avais choisi la ville de Strasbourg comme cadre de mes études supérieures précisément parce que le CUEJ, prestigieuse école de journalisme, y est situé).

Ma grande erreur N°2 : avoir estimé de l’âge de 25 à 30 ans que j’étais bien trop vieille pour tenter une reconversion, entreprendre une formation.

Esprit de comparaison, quand tu nous tiens !

Tous mes camarades de fac étant devenus archivistes, enseignants, libraires, bibliothécaires tandis que moi, je croupissais dans mes jobs de caissière-vendeuse en CDD, je m’étais convaincue que je ne pouvais plus repartir en arrière et refaire des études. J’étais persuadée qu’il me fallait à tout prix continuer sur ma lancée et trouver un bon boulot pour être à leur hauteur.

À l’époque, je m’imaginais que reprendre des études, suivre une formation était une régression, un aveu d’échec.

Aujourd’hui, je réalise à quel point ce raisonnement était idiot. D’abord, je n’étais pas vieille à 25, 26, 27, 28 ou 30 ans. Mais, en plus, on n’est jamais trop vieille pour suivre une formation.

– L’élément central est de m’installer à mon compte en créant mon propre studio de photographies de mariage.

– Très bien, alors dîtes-moi : qu’est-ce qui vous en empêche ?

– En fait, j’ai bien peur de ne pas en être capable, même si ce projet m’attire énormément.

– Comment savez-vous que vous n’en seriez pas capable ?

– Je le sens : c’est tellement différent de mon métier actuel, de ce que j’ai l’habitude de faire. Peut-être est-ce trop important comme changement, et que je n’y arriverai pas.

Madame Sans Tabous _ Force

En quête de légèreté…

Je change tout le temps d’assos ( 5 en l’espace de seulement 4 ans, certes, il y avait des CDD, mais aussi des CDI que j’ai arrêtés), j’essaie de déjouer l’ennui en changeant de lieu au bout d’un an et des poussières ( cercle terriblement vicieux, puisque ce mode de fonctionnement entraîne une accoutumance à la nouveauté, à la découverte, au refus de la routine, au refus de se poser indéfiniment quelque part, au refus de supporter stoïquement des supérieurs hiérarchiques ou collègues qui m’énervent ; mais, en contrepartie, quelle formidable faculté d’adaptation, ce changement constant de lieu de travail, développe ! ) .

Ça me coûte de le dire, de l’avouer, de l’écrire, de l’accepter, de le reconnaître : je crois que je n’ai pas les reins suffisamment solides pour affronter la souffrance des accueilli.e.s/résident-e-s pendant les 25 ans qu’il me reste à bosser jusqu’à la retraite.

Évidemment, pour mon égo, c’est pas flatteur de dire cela.

Dans ce monde occidental ultra-productif, où il faut être performante en permanence, exceller dans tous les domaines et n’être jamais fatigué ( vacances planifiées et chargées de mille et une activités, week-ends actifs, journées productives), c’est un horrible aveu de faiblesse que d’avouer que ma route dans le social est en train de s’achever.

Ce serait tellement valorisant pour mon amour-propre de proclamer : « Je travaille dans le social ! Ah ça oui, je vois des choses pas belles, y a beaucoup de gens qui souffrent, j’essaie d’améliorer le monde à ma petite échelle en prenant soin des plus fragiles. ».

J’ai l’impression d’être faible parce que je veux abandonner le social. Je me dis : «  Et si les médecins, les infirmières, les humanitaires, les travailleurs sociaux, les enseignants, etc, pensaient comme moi, il n’y aurait plus personne pour s’occuper d’autrui, pour améliorer le monde, pour défendre et protéger les plus faibles. »

Madame Sans Tabous _ Solidarité

J’ai toujours eu pour principe la théorie du colibri de Pierre Rabhi. Or là, j’ai le sentiment de quitter le bateau, de ne pas faire ma part de colibri.

Et c’est là qu’une petite voix me dit : «  Et alors ?! Je m’en fous ! Je ferai ma part de colibri autrement ! »

Je ne peux plus continuer à être dans ce milieu uniquement parce que je reçois des compliments flatteurs des résident.e.s comme des professionnel.l.es. Jusque là ces belles paroles fonctionnaient comme de la morphine : ça calme la douleur pendant un laps de temps défini… mais, si l’infirmière ne vient pas te re-perfuser quelques heures plus tard, lorsque le médicament est écoulé dans son sachet, eh bien, la douleur revient te fouetter.

J’ai eu beau me seriner : « Tu as trouvé un domaine dans lequel tu donnes entière satisfaction. Reste ! Pourquoi partir et te compliquer la vie ? Choisis la solution de facilité, pour une fois ! », ma soif d’ailleurs n’a jamais été étanchée.

J’ai envie d’être une petite égoïste qui travaille dans un univers léger, créatif, culturel et distrayant.

J’aime bien mon job et j’ai la chance d’avoir pu évoluer dans différentes branches :j’ai fait les maraudes ; j’ai été accueillante dans des accueils de jour et dans des centres d’hébergement d’urgence ; je fais de l’animation d’ateliers.

Je suis arrivée dans le social par hasard, il y a 4 ans et franchement, c’était passionnant et ça l’est toujours, d’ailleurs. C’est juste moi qui ai changé.

J’ai le sentiment d’avoir été au plus près de la souffrance humaine sous plusieurs formes et aujourd’hui, j’estime avoir le droit de réclamer de la légèreté dans ma vie professionnelle.

J’en ai visité, des résidents dans différents hôpitaux ( au point de connaître certains couloirs et services oncologie comme ma poche).

J’en ai ai vu, plusieurs, allongés dans leurs cercueils, des visages gris et figés et que j’ai autrefois vu sourire, marcher, rigoler, me tendre une plaquette de chocolat, faire des blagues…bref, vivre tout simplement !

Madame Sans Tabous _ Espoir

Je suis fatiguée de voir la souffrance physique et morale dans les regards des résident-e-s.

Ras-le-bol de voir la maladie à chaque coin de mur.

Ras-le-bol de voir l’ombre de la Mort, tapie et invisible, nous côtoyer, marcher à nos côtés et attendre de pé-cho sa prochaine victime.

Me sentir impuissante devant une jeune femme de 31 ans, en stade terminal d’un cancer du sein qui s’est métastasé. Elle me dit que le cancer lui a volé sa vie à l’âge de 27 ans ; elle me raconte comment elle est en colère contre le cancer, à quel point c’est dur de faire le deuil des projets d’avenir, des projets de maternité, des projets de vieillesse. Elle te dit qu’elle veut vivre, mais que la chimio ne marche plus, que les marqueur baissent, baissent, baissent. Elle a accepté l’idée qu’elle va sans doute mourir. Je persiste à croire le contraire ; j’ai beau avoir 35 balais, je suis restée une éternelle enfant qui croit toujours aux miracles et qui pense surtout que si on croit à quelque chose très fort, le pourcentage de chances que le souhait se réalise s’en trouve augmenté. Mais, elle m’a demandé de ne plus évoquer l’idée d’une potentielle guérison, car confie-t-elle, il lui a déjà fallu beaucoup, beaucoup, beaucoup de pleurs et de courage pour accepter le pronostic pessimiste, alors elle ne veut pas risquer d’ouvrir son cœur à l’espoir.

Chaque fois qu’elle nous offre ses cadeaux fait-main, je sais bien que c’est sa façon de nous dire adieu en avance et de nous laisser des souvenirs pour qu’on ne l’oublie jamais.

Et puis, il y a cette autre jeune femme de 31 ans aussi ( c’est quoi, cette génération 85 frappée par le cancer du sein?!), qui poursuivait des études de mathématiques, double mastectomie, opération de reconstruction mammaire effectuée, mais qui est souvent percluse de douleurs.

Moi qui suis une véritable pipelette, je ne sais pas quoi dire quand je suis avec elles. Parce qu’il n’y a rien dire. Les mots sont superflus. Je suis démunie.

J’aimerais prendre leur douleur par dessus mon épaule et la jeter loin, très loin.

Mais, je ne peux pas. Je ne suis pas Dieu. Et je n’ai pas de baguette magique.

Madame Sans Tabous _ Lune ronde

Vu que je suis visiblement au bord de la rupture, la question, qui se pose alors, est : et maintenant, que vais-je faire ? Où vais-je ?

Idéalement, je souhaite travailler dans un univers léger, créatif, en lien avec les arts et la culture.

Libraire, bibliothécaire, par exemple.

Problème : j’ai beau postuler depuis 1 an, jamais je ne suis appelée en entretien, la faute au manque d’expérience et surtout à l’absence du sacro-saint diplôme « métiers du livre » dans mon cursus.

Pourtant, armée d’une Maîtrise de Lettres et d’un diplôme d’agent de médiation information services, forte d’une longue expérience dans l’accueil et la vente, je dispose de beaux atouts…

…Mais, en même temps, une librairie, ça ouvre les jours fériés et les week-ends. Ça, je l’ai fait pendant 5 ans et je sais que je n’ai plus envie de faire cela, d’être en décalée, d’aller bosser pendant que d’autres sont en week-ends, d’aller bosser alors que c’est un jour férié.

Et les bibliothèques, certes, elles n’ouvrent pas pendant les jours fériés, mais plutôt le samedi. Et ça aussi, ça me déplaît.

Je mise surtout sur les bibliothèques universitaires, qui elles ouvrent du lundi au vendredi ( un rythme que j’ai retrouvé depuis un peu plus d’un an et demi avec mon poste actuel et qui me ravit ! J’aime ce sentiment de normalité qu’induit de travailler aux jours ouvrables traditionnels).

Madame Sans Tabous _ Ciel bleu et nuages

J’ai aussi pensé à développer une activité de créatrice de contenus (en free-lance). Une manière de revivre mon rêve de tous les temps : vivre de ma plume. Pour l’instant, je fais chou blanc : quand je postule à des stages, c’est niet parce que ce serait déroger au cadre du stage conventionné et que ce serait encourager une dérive ( ce que je peux comprendre, mais que voulez-vous ? Je suis dé-ses-pé-rée !) et quand je postule à des offres d’emploi, c’est l’ignorance totale ( il est vrai que j’ai zéro expérience et suis « seulement » riche de motivation et d’idées).

Bref, la route est longue et escarpée. Espérons que je verrai bientôt le bout du tunnel ( non, non : aucune pointe de résignation ou de désespoir chez moi ; juste une grosse, très grosse fatigue et j’avoue que je suis…un peu perdue).

Passage phare

Ce que je retiens de ce livre

« L’Homme qui voulait être heureux » est un appel à l’introspection, certes ( « de quoi ai-je besoin réellement pour être heureux ? »), mais aussi à l’audace, à la confiance en soi et au monde, à la désobéissance ( on s’en fout de ce que les parents, les amis, les connaissances, les amis des amis et même notre amoureux (!) pensent et disent être mieux pour nous ! Seul compte l’épanouissement personnel et ce que l’on sent nécessaire/indispensable à son équilibre personnel).

À travers Maître Samtyang, Laurent Gounelle nous explique que nous avons le droit d’être heureux, le droit de vouloir réaliser nos rêves/projets/envies, le droit de penser à nous-mêmes sans avoir peur d’être taxée d’égoïste.

Ce texte vous a été accouché dans la douleur par Liberty Riveter.

Un très grand MERCI à Happy C pour ses sublimes photos  (et pour être mon alter ego sur Instagram !)

Exprimez-vous !

2 Commentaires

  1. Il n’y a aucun mal à être fatigué un jour ! Les métiers sociaux sont épuisants et parfois, il faut tourner… surtout que tes envies de librairie et bibliothèques sont une autre forme de lien social primordial dans la société. Je connais une infirmière qui a mis des années à quitter son travail qui l’épuisait, par culpabilité. Elle est aujourd’hui conseillère pôle emploi et elle aide toujours les autres, différemment. Et comme elle est épanouie, elle a plus de temps pour les autres et est plus disponible, mieuxveillqbte ! As tu pensé aux formatons continues ? Tu es bac+5, tu pourrais aller voir l’APEC qui pourrait te renseigner pour des moyens de actions de formation pour adultes, souvent à statut de stagiaire rémunéré. Cela pourrait te permettre de mettre un pied dans ce que tu aimes !

    • Merci beaucoup, Victoria, pour ton commentaire bienveillant et riche en pistes de réflexion.
      Je suis Bac + 4, en fait ( juste après mon année de Maîtrise de Lettres Modernes, la fameuse réforme LMD est passée et du coup, j’en suis restée à la classification  » Master 1″).
      Etant donné que j’ai un poste d’animatrice sans le diplôme qui va avec (ce qui explique pourquoi je suis payée à peine au-dessus du SMIC), je ne suis pas cadre et du coup, je ne pense pas rentrer dans le schéma de l’APEC… :-/
      ( je sais, c’est à se demander qu’est-ce que j’ai foutu de ma vie, ces 12 dernières années, pour avoir un haut niveau d’études, mais un poste où mon diplôme/niveau n’est pas en adéquation).
      Ces prochains jours, je vais me renseigner au sujet de mon compte d’heures de droit à la formation 🙂
      Merci encore pour ton soutien ! 🙂

Exprimez-vous !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*