Quand Miss Éternelle Célibataire démarre une nouvelle relation amoureuse, tout le monde s’en mêle ! (la sale pression)

Durant le sexennat où j’ai pratiqué une abstinence tant sentimentale que sexuelle, tout le monde autour de moi s’est donné une seule et unique mission : me pousser à me caser le plus vite possible !

Maman et Papa, les sœurettes, Mamie, les tatas et les tontons, les beaux-frères et les belles-sœurs, les cousins et cousines : chacun y allait de son agaçante piqûre de rappel sur tous les tons, n’omettant jamais de souligner que je n’étais plus une jeune fille et que la vieillesse allait bientôt s’abattre sur moi, telle la misère sur la Syrie.

Il y avait aussi les connaissances, les collègues et tous ces gens que j’ai croisé une seule fois dans ma vie et qui, dès lors que j’avais répondu « Je suis célibataire » à leur question sur mon état-civil, se sentaient autorisés à me donner des conseils en rencontres amoureuses, avec moult références à mon horloge biologique.

Tout ça pour dire qu’avec une telle pression monstre sur les épaules en tant que femme trentenaire célibataire, j’avais naïvement cru qu’une fois dans une relation amoureuse, on me ficherait enfin la paix.

Que nenni, les gens ! Que nenni !

Faut croire que pour une femme trentenaire, tant qu’elle n’est pas mariée – ou au moins en concubinage – ET mère, la pression familiale/sociétale/patriarcale ne faiblit pas d’un pouce !

La nouvelle que j’avais à nouveau un petit ami s’étant répandue comme une traînée de poudre, ce fut rapidement un défilé de personnes qui sonnèrent à la porte de mes oreilles.

Les 4 formes de pression que j’ai subi, aussitôt passée d’éternelle célibataire à nouvellement en couple:

…Suffisamment brutales pour vous faire presque perdre confiance envers le genre humain.

1 – J’ai été ensevelie de conseils NON SOLLICITÉS, mais censés m’aider à garder mon copain.

C’est qu’il ne fallait pas que la vieille fille que j’étais, étiquetée «compliquée» et «difficile», fasse fuir cet homme magnifique qui avait daigné poser les yeux sur moi , alors que je n’étais plus de toute première fraîcheur et qu’il aurait pu choisir une vingtenaire – qui, parce que plus jeunes, sont mille fois plus jolies, plus attrayantes, plus avantagées, plus recherchées sur le marché de la séduction.

En gros, il m’avait fait une faveur, quoi !

«Tu sais, l’homme, c’est le ventre et le bas-ventre : alors, mets le paquet sur les galipettes et la cuisine ! »

«Sois douce avec lui. Les hommes n’aiment pas les femmes qui ont du caractère.»

«Si tu l’ouvres trop tu vas te retrouver célibataire encore une fois. N’oublie pas que tu as déjà 33 ans. C’est ta dernière chance.»

2- Mon entourage aussi bien familial qu’amical et professionnel s’enquerrait – et s’enquiert toujours – fréquemment de l’état de santé générale de mon couple.

Depuis le début, on observe ma relation avec la même vigilance qu’un médecin surveillant la convalescence d’un grand malade.

Et très souvent, j’ai sentiment que mon couple est même un feuilleton au suspens haletant pour les autres :

« Comment va ton petit ami ? », « Ça se passe bien entre vous ? » et autres questions intrusives.

Et puis, il y a celles et ceux qui dissimulent leur curiosité mal placée sous des formulations maladroites: «Alors, tout va bien dans ta vie ? Je veux dire, dans tous les domaines ? »

A vrai dire, j’ai réalisé que tout ce beau monde se divise, en réalité, en 3 catégories :

* Il y a les personnes qui meurent d’envie de me voir mariée ET maman, le plus rapidement possible. Et qui, donc, vivent avec la peur au ventre que ma relation se casse la figure et que – LA HONTE !!!! – je revienne à la case de départ : le célibat ! (Généralement, c’est la famille).

* Il y a les personnes qui n’arrivent pas à croire que, moi, l’ex-éternelle célibataire soupçonnée d’être « malchanceuse en amour », ai pu rencontrer l’Amour, justement ET que je vive une relation épanouissante. (Bon, là, ce sont les incrédules, les jaloux/ses).

*Et il y a tous ces gens qui sont dans des couples foireux et qui, au lieu de dépenser leur énergie de façon constructive – en clair : de s’occuper de leur relation mi-moribonde mi-conflictuelle -, préfèrent se focaliser sur les célibataires. (Les personnes jalouses misérables en ménage).

Ben oui, c’est tellement logique ! Tant que j’étais célibataire, ces personnes aux couples foireux se consolaient ainsi : « Ah là là, mon couple est nul ! Ça marche plus ! Mais bon, ma situation pourrait être pire : au moins, je ne suis pas célibataire ! » (bah ouais, y a des gens qui préfèrent être mal accompagnés plutôt que d’être seuls)

Alors, forcément, maintenant que je n’ai plus cette étiquette d’ «Éternelle célibataire malchanceuse en amour », ils n’ont plus de point de comparaison pour continuer à se voiler la face et se valoriser à mes dépens. Ceci explique leur fascination malsaine et leurs questions (transparentes ou non) sur ma relation.

Secrètement, ces gens-là espèrent que je m’effondre en mode: «Non, ça ne va pas du tout…On ne s’entend pas…0n va peut-être rompre…».

3)Tout le monde est devenu soudain plus compréhensif quand je dis que les jours passent trop vite, que je suis débordée ou que je ne pourrai malheureusement pas rendre tel ou tel service, faute de disponibilité.

Quand j’étais célibataire, dès que je disais courir après le temps ou être indisponible pour une tâche : soit, les gens me regardaient, stupéfaits; soit, ils me sermonnaient : « Bah, tu n’es pas mariée et tu n’as pas d’enfants ! Tu ne peux pas savoir ce que c’est d’être débordée ! ».

C’est vrai que les femmes célibataires vivent dans un monde parallèle dans lequel les journées durent 36 heures et pas 24. Une monde magique dans lequel des robots extra-terrestres font toutes les tâches quotidiennes à leur place. Un monde idéal dans lequel elles n’ont pas d’obligations à tenir.

Plus sérieusement : c’est très triste, mais être dans une relation amoureuse semble apporter un gage de crédibilité aux yeux des gens. On respecte davantage mon emploi du temps, on accepte plus facilement que je ne sois pas toujours disponible. Certain.e.s ont même perdu la mauvaise habitude qu’elles/ils avaient de me téléphoner à tout bout de champ.

4- On m’a encouragé – et on m’encourage encore aujourdhui – à vivement à brûler les étapes dans ma relation. Si j’avais écouté ma famille, j’aurais été fiancée et engrossée en l’espace de 6 mois. Histoire de ferrer mon mec, vite fait, bien fait, avant qu’il ne change d’avis et ne me plaque.

(C’est très valorisant pour moi, tout ça, dîtes donc ! Merci la famille, merci les gens ! Avec vous, à mes côtés, c’est pas demain la veille que je prendrai la grosse tête !)

Quand je réponds que c’est bien trop tôt, bien trop rapide, que j’aime bien prendre mon temps, que j’aime aller étapes par étapes et qu’il vaut mieux laisser chaque relation mûrir à son rythme, on me reproche vertement de ne pas savoir mener mon couple, de fuir la stabilité, d’être immature.

Quand j’explique que mon amoureux et moi sommes tous les deux d’accord pour aller pianissimo dans notre relation, que nous sommes satisfaits de l’évolution de notre couple, les accusations aussi injustes que fallacieuses, pleuvent à son encontre…

Au début, c’était : « Un vrai mec, qui a envie de stabilité, il le sait au bout d’un mois de fréquentation. Si au bout de 3 mois, à votre âge, vous ne parlez pas encore de futur, cela signifie que tu n’es qu’une passade pour lui. Il reste avec toi en attendant de rencontrer LA bonne.»

Aujourd’hui, 2 ans plus tard, c’est : «Tout ce temps que vous êtes ensemble et toujours pas de mariage à l’horizon ! », «Tu penses qu’entre vous deux, ça va vraiment marcher ? Vous ne vivez même pas encore ensemble ! », « Est-ce qu’il parle souvent d’avenir avec toi ? D’enfants ? Parce que sinon, méfie-toi ! Il est peut-être en train de te perdre ton temps ! Tu n’es plus toute jeune ! Il faut que tu penses à faire un enfant, – et vite! », «Peut-être qu’il ne t’aime pas ? Pour quelle autre raison ne-t-a-t-il pas encore demandée en mariage, sinon ?! », « A ton âge on devrait être gênée de parler de «petit ami». Une femme de 35 ans comme toi devrait être au stade de «mari» ».

Et pas plus tard que mardi dernier, alors que j’expliquais, à une collègue, que les sublimes boucles d’oreilles bleues que j’arborais et qu’elle venait de complimenter, étaient « un cadeau de mon petit ami», celle-ci a répliqué, d’un ton sentencieux : « Pourquoi tu te contentes d’avoir un «petit ami »? Pourquoi tu ne veux de « mari »? ».

Y a des paires de baffes qui se perdent…

Être une femme trentenaire, de presque 35 ans, pas mariée sans enfants, semble donner aux gens la certitude qu’ils ont le droit de disséquer ma vie amoureuse, de remettre en question mon couple, d’attaquer mes choix de vie, de critiquer même carrément mon couple en faisant fi de mes sentiments, de mon cœur…

Rien n’est tabou pour eux. Rien.

Les conséquences potentielles d’une telle pression sur un couple:

Ironie du sort : même les bonnes âmes, qui sont pourtant animées de bonnes intentions et ne veulent que votre bonheur, ne se rendent même pas compte à quel point leur comportement est dommageable, et pour vous, et pour votre relation amoureuse.

*Car le risque, c’est que, insidieusement, vous vous laissiez dominer par la pression toxique qu’on vous met et que, par ricochet, vous injectiez ce poison sur vous-même, sur la relation, sur votre petit ami.

*Le risque, c’est que vous vous laissiez bouffer par les projections et attentes que les autres ont envers vous, votre amoureux, votre couple. A la fin, ce ne sera plus un couple composé de 2 amoureux, mais plutôt de 20 personnes.

*Le risque, c’est que vous mettiez la relation en mode « avance rapide » pour satisfaire tout ce beau monde et prouver que votre relation est super géniale.

*Le risque, c’est qu’à la fin, votre relation perde en authenticité, – et en intimité surtout. Et aussi que vous ne sachiez même plus où vous en êtes, ni ce que vous voulez réellement.

* Mais, le risque le plus important, c’est que vous pouvez finir par déprécier votre amoureux. Finir par croire qu’il ne vous aime pas tant que ça et que l’herbe est plus verte ailleurs. Finir par penser qu’il devrait faire ci, qu’il devrait faire ça, parce que X, Y, Z pensent que votre couple devrait évoluer de telle façon ou de telle autre.

En fait, les gens sont déjà bien insupportables quand vous êtes célibataire; mais alors, quand vous entamez une nouvelle relation, ils donnent carrément des envies de baston !

Comment faire face à cette pression infernale ?

Quelques propositions :

***Ne pas alimenter l’ingérence des gens ni nourrir leur curiosité. Et cela passe par ne surtout pas communiquer sur votre relation : aucun détail sur les sorties, les week-ends, les petits cadeaux, les jolies surprises. Oui, c’est vrai : c’est extrêmement tentant de crier son bonheur lorsqu’on est heureuse, mais non ! Il faut résister !

***Avoir confiance en son couple.

***Continuer à écouter votre cœur coûte que coûte, ne surtout pas se laisser influencer, continuer à suivre la route que vous avez tracé pour vous et votre relation.

***Ne pas être trop gentille avec ces personnes : n’ayez pas peur d’être trop dure et envoyez-les promener quand vous en ressentez le besoin. Après tout, leur curiosité malsaine, leurs réflexions vexantes, leurs interrogatoires incessants, c’est déjà de l’impolitesse, voire une certaine forme de violence. Pourquoi serait-ce votre rôle de toujours prendre sur vous ?

Et vous savez quoi ?

Les mêmes qui vous pressent à vivre en concubinage urgemment, à fixer rapidement une date de mariage, à concevoir un bébé au plus vite…Imaginez que vous suiviez aveuglement leurs conseils toxiques et finissiez quand même – pas de chance…! – par vous séparer votre chéri…Ne vous faîtes pas d’illusion : ce seront les premier.e.s à chuchoter dans votre dos :«De toute façon, elle n’a jamais su garder un homme ! », « Elle doit avoir un caractère de merde pour être toujours seule comme ça ! », « Elle n’a jamais su choisir les hommes bien ! ».

Ce qu’il ne faut jamais oublier : « Le couple, c’est pas un sprint : c’est une course de fond.»

 

Ce texte, à fleur de peau, vous a été concocté par Liberty Riveter.

Exprimez-vous !

Soyez le premier à commenter

Exprimez-vous !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*