Nouveau travail, nouvelle vie ! Nouvelles peurs ?

Bouh, la vilaine !

J’ai publié moult articles traitant de mon mal-être à mon futur ex-boulot et je ne suis même pas revenue vous annoncer la GROSSE INFO : j’ai trouvé un nouveau travail, les gens !

Oui, oui, oui ! Enfin, enfin, enfin !

Le coup de fil décisif a retenti le jeudi 12 avril. Après deux entretiens (durée minimale : 1 heure à chaque fois), je venais de remporter le round final !

En avant pour un tournant dans ma carrière pro, puisqu’après 5 ans de bons et loyaux services dans le social pur et dur, j’écris une nouvelle page de ma vie professionnelle ! (formule piquée dans le livret-souvenirs offert gentiment par mes collègues lors de mon dernier jour à mon désormais ex-boulot).

Pour autant, je ne quitte pas le milieu associatif, puisque je rejoins une autre association. À la différence qu’avant, mon rôle était auprès de personnes en situation de précarité et d’exclusion (migrants, sans-abri, femmes seules/enceintes sans logis et avec enfants, personnes sdf atteintes de pathologies chroniques). C’est ainsi que j’ai traîné mes guêtres dans les accueils de jour, les centres d’hébergement d’urgence, les unités de maraudes, les foyers post-hospitaliers.

C’était bien. J’ai réellement adoré, bien que ma dernière expérience professionnelle m’ait épuisée mentalement (métier usant, hébergés exténuants (certains ayant de gros problèmes psy), collègues avec qui j’ai eu maille à partir au départ… avant que chacun(e) mette de l’eau dans son vin, sentiment d’être dans un cul-de-sac professionnel avec une impossibilité de progresser davantage).

Dorénavant, je travaillerai auprès de personnes malades, mais plus « lambda » (entendez par là : qui ne sont pas *exclusivement* en situation de précarité). Il y a une touche de social (on ne se refait pas, hein ?) et c’est un emploi qui a du sens (ma priorité n°1).

3 ans à postuler tous azimuts !

Et enfin, le Graal !

3 ans d’attentes. 36 mois de frustrations.

Plus d’une centaine de candidatures envoyées.

Une vingtaine d’entretiens effectués.

Une promesse d’embauche jamais tenue.

Et dans le lot, des candidatures où j’avais carrément viré pov’ fille désespérée :

  • C’est le cas, par exemple, de cette candidature que je qualifierais de dégradante à C.J, l’entreprise de plats préparés minceur, aux mille spots pubs agaçants et intrusifs.

Aux abois et prête à tout pour fuir mon job, je ne voyais plus d’obstacles à m’asseoir sur mon éthique et intégrer une entreprise qui ne partage clairement pas mes valeurs. Voilà comment j’ai postulé à une offre de conseillère client (si je me souviens bien). Tout en écrivant ma lettre de motivation et même au moment où j’ai appuyé sur la touche « Envoi », je savais que si j’étais embauchée, j’aurais du mal à assumer publiquement de travailler là-bas.

Dieu merci, ils ne m’ont jamais contactée ! Ce qui m’a évité un sacré cas de conscience !

  • Il y a eu une candidature envoyée à PXXVII, une pépinière de start-up. L’annonce était truffée d’anglicismes et tutoyait les potentiels postulants sous prétexte de modernité et de branchitude.

Évidemment, c’était loin, trèèèèèèèès très loin de mon univers !

Le fait que je postule était complètement abracadabrantesque lorsqu’on sait à quel point j’adore me moquer de ce qui est tendance, des branchés, des hipsters, des communicants, des publicitaires, des entrepreneurs, et de la tendance de tout ce beau monde à s’exprimer avec 90% d’anglicismes.

Je déteste les milieux superficiels, hyper compétitifs, qui vouent un culte à la performance et à la productivité, et où l’uniformisation des goûts/du langage/des loisirs/de l’apparence fait loi.

Pourtant, j’ai postulé.

Et j’ai été retenue pour passer un entretien.

J’avais les boules.

Je me suis auto-persuadée que ça allait être une super expérience, très stimulante ! Que c’était l’occasion idéale de quitter ma zone de confort et d’entamer une totale reconversion. Que c’était une formidable opportunité d’apprentissage.

Vous la voyez, là, la fille en mode méthode Coué à fond ?

Le jour de l’entretien, j’ai attendu quelques minutes à l’accueil, le temps que le recruteur me reçoive. L’occasion était trop belle d’observer la faune du lieu : des jeunes gens hyper actifs qui marchent très vite, descendent les escaliers très vite, des mines concentrées et une drôle atmosphère dans l’air… Comme une ambiance qui claironne : « On sauve le monde ; on fait des choses très importantes, ici. Nous sommes des personnes extrêmement importantes. »

À un moment, passe une bombe en tailleur strict, jupe courte dévoilant des jambes de rêve, juchée sur des escarpins de 10 centimètres, cascade de cheveux bruns tombant sur ses épaules, démarche altière, tête haute, une mallette dans la main (véridique !).

Je me regarde : je porte un caban pourpre, un pull jaune en dessous, un pantalon large fleuri et des baskets roses.

Décidément, je ne me sentais pas à l’aise dans cet environnement…

Mais, j’ai passé très sérieusement mon entretien, défendant vaillamment mes chances. Il faut dire aussi que le recruteur dégageait tellement d’humilité et de bienveillance.

Forcément, ça aide !

N’empêche, je n’ai pas pu m’empêcher de poser la question qui trahissait mes peurs : « Est-ce qu’il y a un code vestimentaire en vigueur ici ? Est-ce qu’on peut mettre des baskets tous les jours ? »

Bah oui : moi, j’ai un style décontracté en permanence. Je mets des baskets avec TOUT !

Le recruteur sourit et me demande de le regarder attentivement. Je souris à mon tour : il est habillé en chemise à carreau, jeans et baskets. Ca va aller !

À l’issue de l’entretien, nous nous serrons la main et il me glisse un compliment au sujet de mon énergie.

Dix jours plus tard, je reçois un mail de sa part dans lequel il me remercie une nouvelle pour ma belle énergie, mon enthousiasme, MAIS finalement, après moult hésitations, ils ont préféré confier le poste à quelqu’un d’autre.

J’avoue : je suis soulagée.

  • Il y a eu une candidature originale auprès de MML, la marque de vêtement de la très célèbre styliste-bloggeuse- instagrammeuse influenceuse LG.

Depuis qu’elle avait annoncé l’ouverture de sa boutique, je guettais avidement la moindre annonce de recrutement.

Toujours déterminée à m’échapper de mon boulot où j’étais usée mentalement et où j’errais professionnellement, je recherchais un poste de vendeuse.

Bien sûr que c’était une rétrogradation, puisque j’avais été vendeuse de 2009 à 2012 et que, précisément, j’avais quitté la vente, démissionnant d’un CDI, parce que je voulais faire autre chose de ma vie. Durant cette période douloureuse où je me sentais telle un hamster tournant sans but dans sa cage, j’avais fait un retour à la case Pôle Emploi, suivi un bilan de compétences bâclé (réalisé par un organisme incompétent, des dires mêmes des agents Pôle Emploi auprès desquels je m’étais plainte à l’issue de ce fiasco qui a duré plusieurs mois !), enchaîné sur une formation d’agent de médiation sociale à l’AFPA (niveau brevet, alors que je suis bac + 4 et que j’aurais pu bénéficier de la formation niveau BAC minimum ; je ne remercie pas la secrétaire pédagogique de l’AFPA)Mon diplôme en poche, j’avais ensuite mis le cap sur le secteur associatif.

Quand j’ai reçu l’appel pour convenir d’une date de rdv pour l’entretien d’embauche, j’étais aux anges… même si au fond de moi, j’avais un net sentiment de reculer pour ne pas forcément mieux sauter (même si j’essayais de me convaincre du contraire).

À l’entretien, j’ai été maladroite en répondant à certaines questions ; j’étais intimidée (comment ne pas l’être quand j’avais, en face de moi, en chair et en os, A. et O., que j’avais vu des centaines de fois sur les instagrams et le blog de la talentueuse LG ?) ; je n’étais pas naturelle, sentais que j’en faisais trop.

On ne me rappela pas (contrairement à ce qui avait été élégamment promis à la fin de l’entretien). Mais, je sentis ce non-recrutement comme un mal pour un bien : si j’avais été recrutée comme vendeuse, j’aurais eu du mal à assumer la vérité auprès de mes collègues et aurais certainement (pour sauver la face) invoqué un poste fictif de libraire dans une boutique imaginaire, comme motif de démission.

Le dernier jour à mon désormais ex-boulot :

« Bientôt, je n’aurai plus à longer ces rues crasseuses, couvertes de crachats et d’innombrables crottes de chiens ! »

« Bientôt, je n’aurai plus à prendre cette station de métro où de sombres crétins crachent à l’intérieur même de la gare et sur les escalators ! »

« Bientôt, je n’aurai plus à être dans ce quartier glauque ! »

« Encore quelques jours et je n’aurai plus à supporter la vue de ces bandes de gamins agressifs et désœuvrés qui squattent le devant des immeubles… »

« Encore quelques jours, et je n’aurai plus à emprunter 2 métros bondés 5 jours par semaine ! »

Les dernières semaines avant le jour J, j’ai essayé de savourer chaque moment, même si ce n’était pas facile, car il fallait gérer les éternels soucis de comportement de 1 ou 2 psychotiques, les sautes humeurs des uns et des autres, la détresse morale de telle, les conflits de voisinage dans les chambres doubles, etc, etc.

Mais, j’avais attendu ces instants de départ imminent depuis tellement longtemps (3 ans !!!!). Hors de question que je me laisse engluer dans le quotidien et passe à côté de la délectation de ces derniers instants.

 

Les questions qui te taraudent avant d’aborder ton nouveau job et de rencontrer tes nouvelles collègues :

« Est-ce que je vais m’entendre avec mes nouvelles collègues ? »

« Est-ce que ce seront des filles sympas ? »

« Est-ce qu’elles ne seront pas des obsédées de la rivalité ? »

« Est-ce qu’il y a aura une bonne ambiance dans la boîte ? »

« Est-ce que je vais pouvoir m’intégrer sans problèmes, trouver ma place ? »

« Est-ce que je vais être à la hauteur du poste ? »

« Est-ce que je ne vais pas décevoir ma supérieure hiérarchique ? »

Est-ce que, est-ce que, est-ce que… !

Les inquiétudes sont normales et légitimes. Après tout, on sait toujours ce qu’on quitte, mais pas ce qu’on va trouver.

Et, pour peu que dans votre précédente boîte, les relations inter-collègues aient été médiocres – voire conflictuelles -, ça y est : vous redoutez que le scénario se répète.

De même, si dans votre précédent emploi, vous étiez isolée, qu’il y avait des clans et que vous n’étiez pas dans le groupe des influents, bah oui, forcément, même si vous êtes très contente d’être partie de ce nid de guêpes, forcément, la crainte de revivre les mêmes blessures reste tapie dans un coin de votre tête.

Si vous étiez dévalorisée en tant que personne, si la professionnelle que vous êtes était attaquée, si vos compétences n’étaient pas reconnues à leur juste valeur, alors, évidemment l’impact est inévitable : vous avez perdu confiance en vous, perdu confiance en vos compétences. Dès lors, vous allez aborder ce nouvel emploi en étant fragilisée, assaillie de doutes et sous l’emprise du syndrome de l’imposteur.

Le changement fait peur, la nouveauté angoisse.

Pourtant, je refuse de me projeter à outrance sur le futur, mon nouveau travail, mes nouvelles collègues.

Ça ne sert à rien de s’inquiéter à l’avance ; j’aviserai au fur et à mesure.

Car s’il y a bien une chose que la grande anxieuse que je suis, a finalement compris après moult années de rate au court-bouillon : c’est que les attentes font le lit des grosses déceptions et des grosses frustrations.

Ce texte vous a été concocté avec passion par Liberty Riveter.

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