36 ans, pas d’enfants, les gens paniquent ! (Mon utérus est le centre du monde !)

C’est vers l’âge de 29 ans que j’ai constaté que le regard de beaucoup de personnes avaient changé sur moi.

Et donc, avec ce ton dépourvu du moindre embarras, comme si le sujet était aussi léger et anodin qu’une discussion sur la meilleure recette de sauce tomate, les conversations se sont multipliées au sujet de mon utérus et de l’usage que j’en faisais (ou plutôt de ce que je n’en faisais pas).

Aux yeux de beaucoup, je n’étais plus une femme à part entière : j’étais devenue une femme en état de décomposition avancée. Une femme dont les ovaires, les ovules les trompes et l’utérus pourrissaient jour après jour, années après années, faute d’utilisation.

J’étais passée de l’état de splendide fleur dans la force de l’âge à celui d’une fleur terne qui se fâne de jour en jour.

J’étais passée de femme à l’avenir prometteur à celui de fille en perdition.

Pour eux, je n’étais plus cette femme jeune, lucide sur le monde, régulièrement décrite comme étant intelligente et ayant la tête sur les épaules.

Non, j’étais devenue une femme plus très fraîche plus très jeune, immature, inconsciente, qui gâchait son avenir..

Pourtant, quand je me regardais, quand je m’analysais, je voyais bien que j’étais toujours moi. Je n’avais pas changé. J’étais toujours cette fille un peu fofolle, irrémédiablement rêveuse, un brin râleuse, terriblement angoissée, avec ses défauts et ses qualités. Je me sentais pareil. C’est juste que j’avais désormais 30 ans. Et, surtout, je n’avais pas d’enfants. Pour moi, ce n’était pas une priorité ; pour les autres, c’était la fin du monde.

 

 

C’est l’utérus de qui, bordel ?! Le mien ou le vôtre ? Non mais !

Depuis 3 ans – en fait, depuis que ma Mère connaît l’existence de Happy C – nos conversations téléphoniques déjà tumultueuses depuis des années, ont viré carrément à l’orage.

C’est bien simple : chaque appel est un motif à un sempiternel radotage au sujet de la gestion de mon utérus.

Elle, elle estime qu’il faut absolument que je tombe enceinte le plus rapidement possible…parce que j’ai déjà 36 ans, et qu’à présent que j’ai un homme dans ma vie, je n’ai plus d’excuses pour ne pas enfanter.

Moi, j’estime que mon utérus est MA propriété, que 36 ans ou pas 36 ans, je ferai un enfant quand l’envie ME viendra d’essayer d’en avoir un. Chose qu’elle ne comprend pas, bien évidemment.

Alors, faisant fi de mes déclarations, chaque coup de fil est ponctué de conseils afin de mener un rapport sexuel zen et sans contraception. Les moments gênants où l’envie de m’arracher l’ouïe, à main nue, sont nombreux.

Mais, il n’y a pas que la figure maternelle pour exercer une pression intense sur votre corps de femme.

J’ai constaté qu’en règle générale, du moment où vous avez dépassé le fameux âge canonique de 30 ans, la majorité des gens se sentent autorisés à se mêler de votre utérus ! Oui, les gens ne font preuve d’aucune pédagogie, d’aucun tact, d’aucune pudeur pour aborder des sujets intimes qui ne concernent que vous, votre foufoune et le reste de votre appareil génital.

Avec une aisance totalement édifiante, les voilà qui spéculent sur la bonne santé vos ovules, qui débattent de votre état de trentenaire nullipare et qui abordent, sans vergogne, d’éventuels risques d’infertilité.

Croyant vous sauver la vie et, en plus, persuadés que vous vous égarerez du chemin de la droiture s’ils ne se mêlent pas de votre utérus, tout le monde se rue pour vous distribuer des paroles stupides et intrusives au possible !

Leur obsession : vous pousser à faire un bébé de toute urgence avant que tout votre système reproducteur ne soit avarié.

 

Florilège de paroles déplacées :

N’ayant peur de rien – et surtout pas de la décence – mon beau-frère C. est même allé jusqu’à planifier ce qui serait le moment propice à la conception d’un mini-Liberty x Happy C : «  Ce qui serait bien, c’est que d’ici la fin de l’année, tu sois enceinte, tu vois. Tu ne rajeunis pas, tu sais. Tu as déjà perdu beaucoup de temps et là, il ne faut plus en perdre. Ton copain et toi n’êtes plus des gamins. Il est temps de vous lancer dans la parentalité. Tu ne voudrais quand même avoir des enfants à 40 ans passés et qu’ils aient honte de toi quand tu viendras les chercher à l’école, parce que les autres enfants auront des parents jeunes, eux.»

Et il y a 1 an et demie, au mariage de ma sœur avec le fameux C., , une parente éloignée m’a demandé, complètement sans la moindre gêne : «  Pourquoi tu n’as pas encore d’enfants ? Ton cycle se passe bien ? Tu as tes règles chaque mois ? »

Comment dire… ? En 36 ans, c’était seulement la deuxième fois de mon existence que je voyais cette bonne femme !

Et le corps médical n’est pas en reste !

Morceaux choisis :

Mon ancien généraliste, l’année dernière : « 36 ans ! Ne vous leurrez pas : au niveau de la fertilité, vous êtes sur la pente descendante. »

Ma nouvelle généraliste, après que je me sois plainte du précédent : « Bon, c’est vrai que nous, les médecins, nous pouvons être lourds, parfois. Mais, malheureusement, il a raison. A partir de 35 ans, la réserve d’ovules diminue et la fertilité, effectivement, baisse. Maintenant, cela ne signifie pas que vous allez forcément rencontrer des soucis de fertilité. Mais, ça peut être plus difficile de tomber enceinte, oui. »

Mon ancienne gynécologue ( celle qui, en fin 2016, a défié toutes les règles de la compassion, de l’empathie et de la réserve médicale, en estimant qu’à 34 ans, mon utérus était irrécupérable car polymyomateux et que la seule solution était carrément l’hystérectomie ! Tout ça sans même avoir demandé un IRM ! ). Devant mon visage hébété, mes larmes aux yeux et les tremblement qui secouaient mon corps sous le choc de son diagnostic, elle m’a assené d’un ton agacé en haussant les épaules :  « Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Vous n’avez pas fait de plan bébé ! Pourtant, vous avez passé les 30 ans, il y a longtemps ! Cela montre bien que vous ne souhaitez pas être mère. Alors, pourquoi êtes-vous effondrée ? »

( droit de réponse : euh…Ce n’est pas parce que j’avais pas de désir de maternité en 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2017 et 2018 que ce sera forcément le cas en 2019 ou 2020 ou 2021 ou 2022 ! )

Le chirurgien gynécologique (mon héros !!!!) qui a ôté tous mes fibromes, l’année dernière, déjouant ainsi le diagnostic funeste de mon ex-gynécologue tarée : « 35 ans ! 35 ans, ma chérie ! »

( se consoler en se disant que personne n’est parfait ! )

Ma psy, après que je lui ai exprimé ma volonté de garder mon libre-arbitre et de ne pas me laisser influencer par toutes les personnes qui croient savoir mieux que moi quand mettre fin à ma nulliparité: « Si vous attendez d’être prête pour avoir un enfant, vous allez attendre longtemps. Vous savez, on n’est jamais prête à avoir un enfant. Vous n’avez pas peur de regretter à force de laisser passer du temps ? Comme vous, ma sœur a voulu attendre « le bon moment ». Aujourd’hui, elle a 42 ans, elle a enchaîné les fausses couches, elle a pratiqué 6 inséminations artificielles sans succès et depuis, elle a entrepris un parcours FIV. Les 4 premières implantations pour la première FIV se sont soldées par un échec. La seconde et la troisième aussi. Dans quelques semaines, elle va tenter la 4e et dernière FIV ».

Je comprends les intentions de tout ce beau monde ( prévention par rapport aux difficultés et aux risques encourus suite à un désir de grossesse tardif, m’épargner les doutes, les angoisses, le désespoir, les blessures et les larmes résultant de tentatives infructueuses de grossesse). Je suis bien consciente qu’ils croient tous agir pour mon bien, pour que je n’aie pas de regrets.

N’empêche, cette foutue pression n’en est pas moins mauvaise. Et intrusive. Et violente moralement.

Personne ne semble comprendre que j’ai beau avoir 36 ans, pour autant, je ne me sens pas prête à me lancer dans la fabrication d’un petit bébé, là, tout de suite, maintenant.

Peut-être qu’après-demain, ça sera le cas. Mais, pour l’instant…

Pour les gens – surtout les femmes, en réalité – il est impensable que je ne brûle pas d’un impérieux désir d’enfants.

 

Il faut absolument pour elles que j’entre dans les cases : être une femme qui attend impatiemment d’être mère et dont la Vie ne commencera réellement que lorsqu’elle aura eu des enfants.

Elles ont besoin que je me plie au rôle qu’on attend des femmes : enfanter, penser à être mère dès l’enfance.

Elles veulent que je sois obsédée par la pensée d’enfanter.

Dans leur monde, il est impossible qu’une femme soit heureuse si elle n’a jamais été enceinte, si elle n’a pas d’enfants.

Dans leur monde, une femme qui ne se sent pas vide sans enfants, une femme qui ne ressent pas de manque de ne pas avoir d’enfants, n’est pas normale.

C’est ça, leur vérité. C’est ça, leur réalité.

Et il leur est impossible d’envisager et d’admettre qu’une autre réalité soit possible, qu’une autre vérité soit acceptable, qu’un autre monde existe, qu’une autre vision de la vie soit désirable.

Une collègue à qui je confiais souffrir de mon éternel spleen estival (parce que je me rends compte qu’on est à plus de la moitié de l’année et que je n’ai pas réalisé tous mes objectifs, pas accompli toutes mes résolutions) m’a rétorqué le plus naturellement du monde :

           – Il faut faire un bébé. Un bébé change la vie. Tu n’auras même plus le temps de réfléchir et de te prendre la tête autant, parce qu’il te prendra toute ton énergie, toutes tes pensées.

 

Ouais super…

Un bébé serait donc LA baguette magique qui effacerait tous les tracas, tous les échecs, tous les doutes ?

Bizarrement, je n’y crois pas.

Je trouve même ça infiniment malsain d’avoir ce type de pensées en tête en se lançant dans la conception d’un bébé.

Je trouve bête et contre-productif l’idée de s’empêcher de réfléchir, de trouver un dérivatif, une distraction pour ne pas affronter ses propres pensées. A un moment, les enfants vont grandir, quitter le nid familial. Qu’adviendra-t-il alors des parents qui s’étaient focalisés sur leurs enfants au point d’oublier leur propre individualité, leurs propres rêves, leur propre vie ?

Ma personnalité ne se dissoudra pas dans la maternité.

Je refuse de considérer que ma vie est vaine, inutile et vide sous prétexte que je n’ai pas d’enfants. Dans le même ordre d’idées, je refuse de jeter mes projets, personnalité, rêves, envies et idéaux aux oubliettes sous prétexte que – ta-daaaa ! – je compte être maman/je vais être maman/ je suis maman.

Avant d’être une (future) maman, avant d’être une femme, je suis Moi, un individu à part entière, une personne avec des rêves, des projets, des espoirs.

Je réfute l’idée absurde que ne pas (encore) avoir d’enfants équivaille à avoir une vie qui n’aurait pas de sens.

Je trouve ça dingue qu’il y ait des femmes et des hommes qui comptent sur le fait de mettre au monde un enfant pour mettre fin à leur crise existentielle.

D’ailleurs, je ne compte pas sur le fait d’avoir des enfants pour donner/trouver un sens à ma vie.

Mon Dieu, quelle responsabilité écrasante ce serait sur les épaules d’un enfant que de compter sur lui pour donner un sens à notre vie !

 

C’est la faute à son mec !

Il est tellement impossible, à beaucoup de gens, d’accepter que je ne me sente pas prête pour la maternité à 36 ans, qu’il leur faut se persuader que je suis une menteuse qui n’assume pas les réticences de son mec.

Pour elles, c’est forcément mon mec qui fait blocage. Tant il leur est impensable de ne serait-ce que imaginer dans leur esprit la simple hypothèse que je n’ai pas voulu d’enfants dans le passé et que je ne sois pas encore prête à l’heure actuelle !

Alors, d’après leur logique imbécile, je suis forcément une pauvre fille qui se meurt dans son coin avec son désir d ‘enfants, essuyant une larme chaque soir sur le coin de l’oreiller, en attendant que son compagnon se décide à sauter le pas de l’envie de paternité.

D’où les conseils minables qu’elles me donnent .

 

 

Top 3 des conseils les plus idiots que l’on m’ait donné pour que je tombe enceinte :

1- Piéger mon copain, lui forcer la main et le mettre devant le fait accompli (ou plutôt devant les menstrues disparues).

L’idée étant qu’à presque 40 ans, acculé, la petite graine ayant produit un fœtus, il se dise qu’il est temps de se « ranger » et, la corde au cou, se résigne à accepter ce futur bébé non désiré et non prévu.

2) Avoir recours au chantage affectif :

User et abuser du : « Si tu m’aimes vraiment, tu dois me faire un enfant ! »

3) Ne penser qu’à faire fructifier mes ovules-piéger mon copain-crever le préservatif- tomber enceinte et tant pis si ça se termine par une rupture !

« Il faut crever le préservatif ! Bats-toi pour enfanter rapidement. Au moins, même si ça se termine avec lui, tu auras ton enfant. Les hommes ont le temps de tergiverser, pas les femmes.»

Oui, oui, vous avez bien lu ! Souvent, ces balivernes sortent de la bouche des bénéficiaires du foyer où je travaille, qui me demandent si j’ai des enfants et qui n’arrivent pas à se satisfaire de mes réponses : « Oui, je suis en couple. Non, je n’ai pas d’enfants. Oui, je sais que j’ai 36 ans. Je ne me sens pas encore prête à m’occuper d’un bébé.»

Le fait que mon amoureux soit Blanc tandis que moi, je suis Noire ajoute davantage de fuel aux pensées saugrenues de celles et ceux qui pensent que j’attends désespérément de me faire engrosser par mon copain.

Pour ces personnes, mon copain s’encanaille avec moi, mais n’a aucune idée de faire sa vie avec ma toute petite personne. Je suis un passe-temps exotique, une expérimentation raciale et, pensent-ils très fortement, lorsqu’il voudra se caser, il me jettera et rentrera au bercail…en épousant une Blanche avec qui il se mariera et vivra heureux avec plein d’enfants.

D’où les questions crasses comme : « Mais, est-ce que vous allez réellement vous marier, un jour ? », « Il t’a déjà présenté ses parents ? », « Tu penses qu’il t’aime vraiment ? », qui permettent de déceler les pensées négatives de leurs auteurs.

 

Je prends le risque et advienne que pourra…Dans tous les cas, j’assumerai…

Des fois, quand je suis fatiguée/agacée/blessée par les propos perpétuels des gens sur ma nulliparité à mon âge, je leur rétorque : « Un bébé n’est pas un objet que l’on peut prendre, puis dire: « Reprenez-le. Je n’en veux plus.». Et c’est bien beau de parler, mais ce n’est certainement pas vous qui vous occuperez de l’enfant pendant au moins les 20 prochaines années. Alors bon ! »

(…Il arrive qu’après cette riposte, l’autre en face se fende d’un stupéfiant: « Si ça te dépasse, tu n’auras qu’à me donner le bébé. Je m’en occuperai, moi. »)

Je reste persuadée qu’on ne fait pas un bébé parce qu’« il le faut » ou parce qu’on a tel âge,mais bien parce qu’on se sent prêt.e à en faire un et parce qu’on ressent, au creux de ses entrailles, un fol désir de donner naissance à un petit être humain.

Je prends le risque.

Peut-être l’envie viendra dans un an, que je débuterai alors le chemin de croix de celles qui peinent à tomber enceintes, peut-être aurai-je à affronter une ou plusieurs fausse-couches.

Si un tel scénario dramatique venait à se produire, j’espère alors que je ne retournerai pas ma veste ( c’est-à-dire que je ne serai pas rongée par les regrets et la culpabilité). Au contraire, j’espère, à ces tristes moment-là, avoir le courage d’assumer mes choix jusqu’au bout du bout.

J’aime à penser que je ne se serai pas dévorée par les regrets et la culpabilité, car peut-on réellement culpabiliser et nourrir des regrets lorsqu’on a osé écouter son cœur, pris sa décision avec sérénité et suivi le chemin que notre intuition nous soufflait ? Non, je ne pense pas.

Mais, je sais bien que je devrai alors subir stoïquement les « On t’avait bien dit ! », essuyer avec sang-froid les « Tu croyais quoi ? T’as vu ton âge ? Tout ce temps qu’on te disait que passer la trentaine, ça devient compliqué et tu voulais ne suivre que tes envies. Bien fait ! » et serrer les dents en entendant les : « Bah oui, madame ! Ce n’est pas la femme qui décide quand elle va avoir des enfants : c’est Dieu/la Nature. Les femmes comme toi croyez toujours être maîtresse de vos vies et avoir le contrôle sur tout. »

Je prends le risque, j’ai dit.

J’espère que je n’en souffrirai pas a posteriori.

Ce texte vous a été concocté avec passion par Liberty Riveter.

2 Commentaires

  1. Encore une qui suit Fatou de blackbeautybag.. Copie colle de tout ce qu’elle a dit à ce sujet y’a quelques temps sur son Insta en storie et live.. Faut que je lui envoie le lien de ton article de suite….

    • Vas-y, cocotte ! Te gêne pas.
      Pour copier, encore aurait-il fallu que j’aie suivi la story et le live auxquels tu fais allusion ( raté pour toi).
      Et que je sache, Fatou a un enfant. Moi, non. ( encore raté pour toi).

      Mon article étant rempli d’anecdotes personnelles, je ne vois pas comment il pourrait ressembler à celui d’une autre personne ( mais, je suis sûre que tu pourras m’expliquer. Alors, j’attends 🙂 )

      Bisous:-)

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